LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Paul Magnette à Bruxelles le 24 octobre

Le grain de sable wallon et la machine européenne

4 min
À retrouver dans l'émission

Les pressions autour du refus wallon de signer le CETA illustrent les failles démocratiques de l'UE.

Paul Magnette à Bruxelles le 24 octobre
Paul Magnette à Bruxelles le 24 octobre Crédits : EMMANUEL DUNAND - AFP

Tout était prêt pour le grand jour : ce jeudi, après-demain, le premier ministre canadien devait être accueilli en grande pompe à Bruxelles, par les dirigeants des 28 pays de l’Union européenne. Jour de mariage commercial : tous devaient apposer leur signature au bas d’un accord, le CETA, accord sur les normes et les tarifs douaniers entre l’Europe et le Canada. "Si quelqu’un s’oppose à cette union, qu’il le dise maintenant ou se taise à jamais…"

Avant même la cérémonie, Paul Magnette s’est levé et a protesté. Toutes les têtes se sont tournées vers lui : certains se sont même étonnés qu’il fut invité : comment donc, cet élu de Wallonie, région belge de 3 millions et demi d’habitants, prétendrait imposer son avis à 510 millions d’européens ?

C’est pourtant le cas. En vertu des règles institutionnelles belges, la Wallonie a le même pouvoir que les parlements nationaux en matière de négociations commerciales internationales. Plus précisément, les Wallons peuvent refuser de déléguer leur signature à l’État fédéral belge, qui doit donc dire non. Ce qu’a fait hier soir le premier ministre Charles Michel.

En d’autres termes, c'est désormais Bruxelles contre Bruxelles ; la capitale de l’État fédéral belge contre la capitale européenne. Dans ce traité CETA , pas assez de normes sociales, trop de flou juridique : voici les principaux arguments du véto wallon.

Alors bien sûr, il y a les jeux politiques internes : le parti socialiste, dont fait partie Paul Magnette, est de plus en plus concurrencé sur sa gauche, par le parti du Travail. Il y a aussi l’enchevêtrement des compétences, cette particularité de nos voisins d'outre-Quiévrain, qui nous fait parfois sourire. Mais on aurait tort de résumer cet épisode à une bonne histoire belge.

Que nous dit cet épisode de l'état de l’Union européenne ?

Ce refus nous frappe, d’un coup, parce qu’il nous remet devant les yeux une évidence oubliée : pour un tel enjeu, un tel traité, comment se fait-il que tous les parlements ne soient pas consultés ? Évidemment, la logique de la commission peut s'entendre : négocier en bloc, au nom de tous les Européens, c'est être plus puissants dans les discussions internationales. Mais ensuite, comment se fait-il que l'accord ne soit pas soumis au débat public dans les 28 pays ? Pourquoi Paul Magnette est-il l'exception et non la règle ? Dans le détail, les parlements des 28 seront amenés à se prononcer, mais après la signature de l'accord. Un accord qui, entretemps, sera "mis en application de manière provisoire". "Tout cela est une question de principe", tonne Paul Magnette. Écoutez son intervention au parlement wallon il y a quelques jours :

Écouter
18 sec
Billet politique - Paul Magnette sur le CETA

Le profil de Paul Magnette ajoute encore à l’intérêt de cette histoire : Magnette n’est pas un dangereux révolutionnaire léniniste, pas un black block déguisé en costume cravate ; c’est un socialiste, professeur de sciences politique, universitaire respecté justement pour ses travaux autour de la social-démocratie et de la construction européenne. Bref, l’archétype de l’homme éclairé, passé du côté de la décision politique.

Le quadragénaire wallon n’a d’ailleurs pas oublié d’être habile. En témoigne ce tweet posté il y a deux jours : « Dommage que les pressions de l'Union européenne ne soient pas aussi intenses sur ceux qui bloquent la lutte contre la fraude fiscale ». Message ironique posté sur son compte officiel et retweeté plus de 3000 fois :

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Paul Magnette met le doigt où ça fait mal : la Commission européenne ressemble un peu à l’agent d’assurance qui vous presse signer le contrat sans que vous puissiez lire les petites lignes tout en bas.

Il faut ajouter à cela les ultimatums adressés à la Belgique les dirigeants européens, Donald Tusk le président du Conseil européen, ou par Cécilia Malmström, commissaire chargée du Commerce. "Il nous faut une réponse maintenant", ont-ils dit en substance, "et si vous répondez non, le sommet sera annulé par votre faute". Ça, c’était avant. Depuis que les Belges ont dit non, le message a un peu changé : "on peut s’arranger, il faut en reparler, et puis il n’est plus si sûr que le sommet soit annulé".

Un autoritarisme un peu ridicule, qui donne paradoxalement raison aux craintes de la Wallonie. Il y a dans cette histoire le charme du grain de sable qui montre la fragilité de toute la machine. Une machine européenne dont les prochaines heures vont montrer la capacité d'adaptation, et - qui sait - d’autocritique.

Chroniques
8H19
19 min
L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
Daech : "peut-être la fin du commencement ?"
Intervenants
  • auteur du Billet politique de France Culture, journaliste au service politique de la rédaction
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......