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Le grand soir passera-t-il par un hashtag ?

3 min
À retrouver dans l'émission

En ces temps de contestation de la loi El Khomri sur le travail, si vous vous étonnez que les rues soient encore vides, qu’il n’y ait pas la moindre cortège à l’horizon, que l’intersyndicale ait décidé qu’il était urgent d’attendre, alors faites un petit tour sur le web.

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Car c’est bien là, en ce moment, que se joue la bataille. Une pétition en ligne initiée il y a une semaine réunit désormais 600 000 signatures pour le retrait de cette loi – un record. Sur Twitter, des milliers de témoignages sur la précarité et les difficultés du monde du travail sont rassemblés sous le hashtag #Onvautmieuxqueca. Et une page Facebook appelle carrément à la grève générale pour le 9 mars prochain, jour de présentation de la loi en Conseil des ministres. Cette page compte 26 000 inscrits. Il faut noter qu’aucune de ces trois initiatives ne provient directement des syndicats.

En face, le gouvernement tente de riposter sur le même terrain. Ce fut d’abord une tribune de Manuel Valls sur Facebook. Ce fut ensuite un argumentaire "vrai/faux" publié par le gouvernement. Et puis hier soir, une initiative d’un genre nouveau : un compte twitter a été créé, @LoiTravail, où la loi s'exprime à la première personne du singulier...

Je vous lis son premier message : « Bonjour Twitter, je suis le projet de #LoiTravail. On parle beaucoup de moi mais on me connaît mal. Et si on faisait connaissance ? ».

L’objectif est de dépassionner le débat en le dépersonnalisant : ce n’est plus un ministre qui tweete, c’est une loi elle-même. Il fut un temps où les ministres défendaient leurs lois... désormais sur Twitter, ce sont les lois qui défendent leurs ministres.

Las. Très vite, ce compte est devenu la risée de Twitter. Un faux compte "Jean Jaurès" lui a répondu sur le même ton : "Je suis le socialisme, on parle beaucoup de moi mais on ne se connaît pas"... Et des centaines de messages sur le même ton ont ainsi transformé l’initiative gouvernementale en cyber-bide.

Allez, soyons juste, quelques utilisateurs sont tout de même venus au secours du tout jeune avatar de la @LoiTravail. Parmi eux, le compte officiel du MEDEF. Sans doute ce qu’on appelle le baiser de la mort.

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Qu’est-ce qui se joue derrière tout cela ?

Premier constat : les protagonistes traditionnels des conflits sociaux, gouvernement et syndicats, sont dépassés. Ils tentent de suivre, d’accompagner ou de riposter, mais la mobilisation se fait en dehors d'eux. Comme si l'on assistait à l'Uberisation des partenaires sociaux.

Deuxième constat : il s'agit là de la première mobilisation sociale virtuelle de grande ampleur ; sans qu’on sache si toute cette addition de clics et de tweets mène aux grandes grèves, type 1995, ou à un simple coup de gueule éphémère. Car la pétition en ligne a quelque chose de la "révolte fast-food" : rapide, pas chère et sans effort. Elle ne nécessite pas d’investissement personnel. Elle propose une gratification sociale du type « J’ai signé, et je le partage sur ma page », elle ne fait courir aucun risque symbolique ou financier – à l’inverse d’un jour de grève, par exemple.

C'est donc une expérience inédite et passionnante sur l'époque ; les réseaux sociaux vont-ils coaliser les opposants, faire reculer le gouvernement, bref : amplifier la lutte ? Ou, dans le confort du clic, la molletonner, l’anesthésier et en fin de compte la dévoyer ?

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