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Les voyantes ne pourraient-elles pas déjà remplacer certains journalistes politiques ?

Le journalisme politique devenu art divinatoire

4 min
À retrouver dans l'émission

La presse est soulagée, Manuel Valls devrait annoncer sa candidature ce soir. Ouf ! Lundi dernier déjà, la semaine s'ouvrait sur une crise au sein de l'éxécutif. Il y avait donc comme un goût de déjà vu. Ludovic Piedtenu

Les voyantes ne pourraient-elles pas déjà remplacer certains journalistes politiques ?
Les voyantes ne pourraient-elles pas déjà remplacer certains journalistes politiques ? Crédits : BELPRESS - Maxppp

Manuel Valls devait remettre sa démission à François Hollande à l'heure du déjeuner, pour leur traditionnel tête à tête du lundi. On sait que ça ne s'est pas du tout passé comme çà. L'écrivain Laurent Binet qui a suivi il y a 5 ans la campagne de François Hollande en avait tiré un livre chez Grasset "Rien ne se passe comme prévu", une citation attribuée au candidat d'alors quand il apprend la chute de DSK. Vous savez celui qui devait être élu face au sortant Nicolas Sarkozy au soir du second tour de la présidentielle.

Sondage leaders socialistes
Sondage leaders socialistes Crédits : Idé - Radio France

Et voici qu'une nouvelle semaine pointait le bout de son nez avec le même visage. La même probabilité de fait. Un déjeuner à l'Elysée comme tous les lundis donc. Une démission de Manuel Valls. Et sa candidature à la primaire de la gauche. Copié-collé de la semaine dernière. Et hop à l'impression. On ajoute le sondage IFOP paru hier dans le Journal Du Dimanche qui nous dit donc que Manuel Valls est le favori. Que le second tour, ce sera entre lui et Montebourg. Et nous voilà déjà le dimanche 29 janvier au matin, jour du second tour de la primaire de la gauche. Mais qu'est-ce qu'on va bien pouvoir raconter jusque-là doivent se demander ce matin certains, CERTAINS, de mes confrères face au vide qu'ils ont eux-mêmes créé.

Huit semaines de tranquillité ?!

C'est le propre du journalisme d'anticipation. La S.F. appliquée au traitement de l'actualité politique. Ce n'est même plus des faits et du décryptage, ce qui est bien sûr de l'ordre d'un traitement journalistique normal. C'est un troisième temps mais force de l'instantanéité qui caractérise notre nouveau monde, ces trois temps sont ramassés en un seul : il y a maintenant les faits, le décryptage et l'anticipation. Ne pas confondre anticipation et hypothèse, ce qu'on appelle le "papier à questions".

Exemple : jeudi soir. Les faits : François Hollande ne brigue pas un second mandat. Décryptage : quelles sont les raisons qui l'ont conduit à ce choix ? Et illico presto, l'anticipation : Manuel Valls est candidat. Il n'y a même plus de place au doute, au questionnement, aux hypothèses appuyées sur des arguments. Le futur ou le conditionnel sont délivrés au présent de l'indicatif. Et tant pis, si rien ne se passe comme prévu. C'est ainsi qu'Alain Juppé avait déjà gagné non seulement la primaire de la droite mais aussi la présidentielle, au second tour bien sûr face à Marine Le Pen. Le soir du second tour de la primaire de la droite, copier-coller d'analyse, c'est donc François Fillon finalement largement désigné qui remportera la Présidentielle toujours au second tour face à Marine Le Pen. Magie des moteurs de recherche, j'ai retrouvé cet article du Point. Il est signé Emmanuel Berretta le 24 octobre. Il y a donc (à peine) un mois et demi. Son titre : "Pourquoi Manuel Valls n'ira pas à la Présidentielle de 2017"

"Le Premier ministre a compris que cette élection était injouable pour lui. Il se range derrière le chef de l'Etat." Et, peut-on lire, "même dans l'hypothèse - peu probable - où François Hollande renoncerait, Manuel Valls a compris que la partie était perdue d'avance. Il y a bien eu une tentation, écrit encore mon confrère, mais elle a fait long feu."

C'est comme jeudi dernier, à 19h, François Hollande va s'exprimer depuis l'Elysée à 20h. C'est certain, il ne peut annoncer que sa candidature. Dans cette heure d'attente, les mêmes visages répètent sur les chaînes d'info en continu avec ces phrases définitives qu' "Un Président sortant ne peut renoncer à briguer un second mandat", que "ça n'est pas l'esprit de la Vème République"... etc. C'est le règne absolu de l'affirmatif, du péremptoire.

Écouter
1 min
Extrait de la déclaration de François Hollande le jeudi 1er décembre 2016

On verra à 18h30 ce soir ce que Manuel Valls annoncera depuis sa ville d'Evry et l'Hôtel de ville où a été conviée la presse. Mais l'alerte qui sort partout ce matin et qui permet à certains journalistes de pousser un "ouf" de soulagement, parce que tout à coup, c'est toute la physionomie de la semaine qui s'en trouve chamboulée, parce que c'est la fin d'une longue attente où tout était déjà dit et écrit mille fois, qu'eux-mêmes devaient finir par s'en lasser. Et franchement tellement déconnectés, quand on lit cet article fabuleux de Mathieu Magnaudeix dans Mediapart, un reportage à Nanterre jeudi dernier dans une salle où des citoyens se demandaient "Faut-il aller voter ?". Au beau milieu de l'annonce de François Hollande. Twitter s'affole, le "pushs", les alertes s'affichent partout sur les téléphones, mais surtout sur ceux des journalistes. Mais peu voire plutôt pas du tout sur les écrans de ces habitants qui, même mis au courant par le journaliste, avaient l'air franchement désintéressé.

Chroniques
8H19
19 min
L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
Europe: année zéro? (2ème partie)
Intervenants
  • Journaliste, correspondant permanent de Radio France en Allemagne, ancien chef du service politique de France Culture
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