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Le macronisme et l'epreuve du fer rouge

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À retrouver dans l'émission

Rater son premier mois de septembre au pouvoir, c'est avoir de bonnes chances de rater son quinquennat.

Cette période de fin août-début septembre n'est pas seulement celle du spleen de la fin des vacances. En politique, dans un début de mandat, c'est le moment qui colle ensuite aux chaussures du président pendant cinq ans. Pour un nouveau chef de l’État, il y a eu l'euphorie du mois de mai, puis la torpeur de juillet, et c'est à la rentrée que les Français se font une idée plus précise de l'exécutif à l'épreuve du pouvoir.

C'est à ce moment-là que les dirigeants sont marqués au fer rouge pendant cinq ans. Prenez Nicolas Sarkozy. Le 21 août 2007, il est élu depuis quelques mois, et le bouclier fiscal est voté par sa majorité (dans la loi pour le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat).

A partir de là, il n'arrivera plus à se défaire de l'image d'un président des riches. Le bouclier fiscal, un "pêché originel", diront même certains de ses proches. Il a eu beau se muer ensuite en partisan de la relance keynésienne (pendant la crise de 2008), le mal était fait. Le fer rouge de la première rentrée ne s'est pas estompé. Prenez François Hollande, même constat : en septembre 2012, il est sur le plateau de Claire Chazal et lance cette promesse :

"Nous devons inverser la courbe du chômage d'ici un an".

Un engagement qui va lui coller à la peau pendant cinq ans. François Hollande a eu beau mettre en place des plans de formation, des contrats de générations, des emplois d'avenir ; chaque nouvelle initiative rappelle cruellement le raté de la promesse fondatrice du quinquennat.

Qu'en est-il d'Emmanuel Macron ?

Même si le quinquennat a commencé avec la loi sur la moralisation, l'image du macronisme n'est pas encore fixée. Cependant le cadre de la photo se précise : cet été, le grand public a surtout retenu l'annonce de la baisse des aides au logement (APL) et la promesse réaffirmée d'un allégement de l'impôt sur la fortune.

Avec la publication hier d'une loi travail qui répond aux principales demandes du patronat, Emmanuel Macron prend le risque de marquer durablement son mandat de cette empreinte : celle d'une tendance à la ploutocratie, qui favorise les plus favorisés. Hier soir sur France 2, le premier ministre Edouard Philippe n'a d'ailleurs pas vraiment pu réfuter cette idée.

Pourtant, la vision de l'exécutif est cohérente. On peut être d'accord ou pas, mais elle représente un projet de société. Celui de la "théorie du ruissellement" ; c'est-à-dire que favoriser le capital (et ceux qui le possèdent) finit par entraîner un cercle vertueux pour tout le monde.

Le problème, c'est que cette vision n'est pas clairement exposée. Au contraire, les éléments de langage continuent de laisser croire à d'hypothétique contreparties pour les salariés : "Il s'agit de créer de nouvelles sécurités pour les salariés", affirme le gouvernement. Sans qu'on puisse trouver, dans les 200 pages d'ordonnances, où sont ces nouvelles sécurités.

Le pari est audacieux : insuffler un nouvel élan économique, aidé par la croissance mondiale, le Brexit et donc la flexibilité du marché du travail. Sans oublier les efforts massifs sur la formation et une refonte de l'assurance-chômage. Une transformation à plusieurs faces, que la ministre du Travail surnomme le "Rubik's cube". Et qui pourrait bien effectivement devenir un casse-tête.

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