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Le piège des célébrations

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Il y a des anniversaires dont on se passerait bien...

C’est ce qu’on pourrait appeler une mauvaise concordance des temps, ou une cruelle ironie de l’histoire : le 80ème anniversaire des accords de Matignon, signés sous l’égide du Front Populaire tombe en effet au plus mauvais moment pour le gouvernement, empêtré dans la loi travail, et qui pourtant, et bizarrement, n’a pas essayé de passer cette date du 7 juin 1936 sous silence.

Peut-être aurait-il dû, pour éviter à Emmanuel Macron d’avoir à constater que les oeufs ne volent pas bien, le week-end dernier en région parisienne, alors qu’il venait à la poste de Montreuil inaugurer un timbre à l’effigie du Front Populaire. Pour éviter une réponse assassine de la CGT à François Hollande, sous forme de cours d’histoire : la centrale a complété la phrase de Maurice Thorez reprise hier par Hollande : “il faut savoir arrêter une grève". Oui mais "quant on a obtenu satisfaction”, a rajouté la centrale. Et tant que ce n’est pas le cas : le mouvement continue.

Manuel Valls, lui aussi doit s’attendre à une réplique, depuis qu’il a affirmé hier soir lors d’une cérémonie à Matignon que son gouvernement s’inscrivait dans la continuité du Front Populaire, même si, dit-il, l’époque est différente et le monde a changé”.

Oui, c'est vrai qu'il a changé. C’est vrai qu’il est loin, le temps où il n’y avait “pas d’ennemis à gauche”, comme il se disait alors.

Car les gauches n'ont pas toujours été irréconciliables

Dans son “Histoire du front populaire : l’échappée belle”, tout juste paru aux éditions Tallandier, Jean Vigreux rappelle cette époque pendant laquelle le “désistement républicain”, au profit des candidats socialistes, communistes ou même radicaux les mieux placés, fonctionnait.

Et il écrit que si le Front Populaire est “inscrit au panthéon des gauches”, c’est qu’il est “synonyme d’avancées sociales, qui ont marqué durablement la société : la démocratie sociale a enrichit à cette époque le modèle républicain” : la reconnaissance des conventions collectives par branche, la semaine de 40h, la naissance du dialogue social, et l’avènement de l’état comme arbitre. C’était, rappelle Jean Vigreux, le début d’une séquence qui mènera, après-guerre, au programme du conseil national de la résistance.

En juin 2016, quatre-vingts ans après le front populaire, la gauche de François Hollande, pourtant elle aussi confrontée à la montée de l’extrémisme, un peu partout en Europe, n’est pas “aussi bien inspirée” qu’alors, comme l’écrit Lilian Alemagna dans Libération ce matin.

Oui, décidément, les anniversaires sont cruels pour le gouvernement en ce moment : en 2014, François Hollande, en plein lancement du pacte de responsabilité, avait eu à célébrer le centenaire de la mort de Jaurès : il avait été sifflé à Carmaux. Et l’année prochaine, ce sera les 20 ans de la gauche plurielle de 97. Ça paraît loin.

Chroniques

8H18
20 min

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