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"You only live once"

Le président Yolo

3 min
À retrouver dans l'émission

Réforme de la SNCF, baisse des APL, refonte du code du travail... Emmanuel Macron semble vouloir ouvrir tous les dossiers chauds en même temps. Dans quel but ?

"You only live once"
"You only live once" Crédits : Michelle Patrick - Getty

YOLO : « You only live once » (on ne vit qu'une fois) ; expression qui signifie en gros : faire montre d'insouciance, prendre des risques. L'inverse de la prudence, de la tempérance, recommandée pour tout responsable public. Dans les bons vieux grimoires de la pratique politique, il est conseillé de ne jamais prendre tous ses ennemis de front, de diviser ses opposants, de ménager les uns pour mieux réformer les autres.... Or Emmanuel Macron a décidé de faire l'inverse. Yolo.

Deux manifestations nationales se préparent contre les ordonnances, les 12 et 23 septembre, et pourtant il n'hésite pas à déterrer un autre dossier éruptif : les cheminots (qui n'avaient rien demandé à personne). Dans une interview au magazine interne à la SNCF, relayé hier par le Monde (abonnés), le chef de l’État agite tous les chiffons rouges possibles : fin des régimes spéciaux de retraites, changement de statut, mise en concurrence de la SNCF. La liste parfaite pour qui cherche un motif de grève.

Même la CGT n'en revient pas. Elle ne comprend d'ailleurs pas très bien la manœuvre. Dans un communiqué, le puissant syndicat dit se méfier d'un "piège tendu" dans lequel il ne tombera pas. Sous-entendu, c'est trop grossier, ça ne peut être qu'un traquenard.

Le chef de l'Etat porte le fer, le porte-parole démine

La grève des cheminots, personne n'a oublié que cela a fait tomber Alain Juppé en 1995. Mais il est vrai c'était l'"ancien monde". Certes, quelques gouttes de sueur ont perlé sur le front des macronistes issus de cet "ancien monde". Hier, Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, s'est empressé de déminer : « ce ne sont que des pistes de réflexion, il n'y a rien de nouveau », a t-il ramé lors du point presse hebdomadaire.

Dans les bons vieux manuels de politique, il y a une autre règle immuable. Ne jamais mettre les jeunes dans la rue. On sait quand ça commence, on ne sait pas quand ça finit. Villepin, Devaquet et bien d'autres ont payé pour le savoir. Pourtant, Emmanuel Macron confirme la baisse des APL, qui concerne en bonne partie les étudiants. Et affirme même qu'elle pourra aller plus loin. Risqué. Mais le président Yolo n'en a cure, comme si les règles de la pesanteur politique ne s'appliquaient pas à lui.

Un dernier exemple ? A la fin du mois, les élections sénatoriales. D'habitude, le pouvoir bichonne les collectivités juste avant les élections. Comme vous le savez, ce sont des grands électeurs (notamment les conseillers municipaux) qui votent. Pour le coup, cette fois-ci, ils sont bichonnés avec une brosse métallique : gel des dotations, suppression de la taxe d'habitation, baisse des contrats aidés. Il y a plus efficace pour appâter le grand électeur. Peu importe, semble dire le président Yolo.

Alors y a t-il une part d'insouciance, un excès de confiance ou voire un peu d'arrogance ? Celle d'un homme qui a pris le pouvoir sans parti, sans expérience et sans histoire ?

Est-ce au contraire une stratégie, pour réveiller les oppositions, et les caricaturer en conservatismes ?

« Emmanuel Macron n'a pas de limites, analyse François Hollande dans le dernier livre de Cécile Amar, La fabrique du président. Il n'a pas de limites, tout en étant dans les codes. C'est là son ambivalence. » Le chef de l’État ressemble à un joueur de poker qui fait tapis.

Les prochains mois marquent donc déjà la période décisive du quinquennat. Ou bien Emmanuel Macron résiste, et il aura ensuite une voie royale pour dérouler son programme. Ou bien la cohorte des mécontents qu'il a lui-même suscité se coalise, et il devra ensuite inaugurer les chrysanthèmes pendant 4 ans. Ce qui est beaucoup moins Yolo.

Frédéric Says

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