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François Bayrou, le 22 février 2016.

Le renoncement de François Bayrou, conclusion logique d’une époque qui s’en va...

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La main tendue de François Bayrou à Emmanuel Macron : un dernier subterfuge pour ne pas quitter la scène, quand la période a déjà tiré le rideau sur ses contemporains politiques ?

François Bayrou, le 22 février 2016.
François Bayrou, le 22 février 2016. Crédits : Jacques Demarthon - AFP

Jusqu’à hier après-midi, l’expression « François Bayrou candidat à la présidentielle » s’entendait comme un pléonasme. Depuis que je suis en âge de voter, j’ai toujours vu François Bayrou sur des affiches de campagne présidentielle. Il n’y a guère que le slogan et la couleur des cheveux qui ont un peu varié.

C’est pourquoi son renoncement d’hier, ou plutôt son offre d’alliance à Emmanuel Macron, va bien plus loin que le cas personnel du fondateur du Modem.

La proposition de François Bayrou peut s’entendre comme un dernier subterfuge pour ne pas quitter la scène, alors que l’époque a déjà tiré le rideau sur ses contemporains politiques. François Hollande, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé ont remisé le costume de candidat.

Loin des lumières médiatiques, les seconds rôles s’en vont, eux aussi. Pendant qu’on avait les yeux fixés sur François Bayrou, cette semaine, deux figures du parti socialiste ont tiré leur révérence : Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale.

Est-ce le « dégagisme » dont parle Jean-Luc Mélenchon ? C’est en tout cas une fin de cycle pour la politique française. Comme on dit au tennis : balles neuves. Changement générationnel.

J’ai fait le calcul : l’âge moyen des candidats à la présidentielle 2017, est (à une exception près) le plus bas de l’Histoire de la Vème république : 51 ans et 8 mois. En 2012, la moyenne était de 55 ans. En 1988, elle s'élevait à 58 ans. Seule exception, en 1974, juste après le décès de Georges Pompidou, les candidats avaient en moyenne 49 ans.

Cette année, on compte quatre quadragénaires : Hamon, Le Pen, Poutou, Arthaud. Et un trentenaire (sur la fin de la trentaine, certes) Emmanuel Macron.

Remarquons aussi la prégnance des slogans "coups de balai" : "en finir avec la vieille politique", dixit Marine Le Pen, "mettre à bas la caste", suggère Jean-Luc Mélenchon. Qui imaginerait aujourd’hui reprendre le mot d'ordre de Valéry Giscard d’Estaing : « le changement dans la continuité » ? Impossible, inaudible.

Autre signe : sur les cinq candidats en position d’accéder au second tour, trois (Mélenchon, Hamon, Le Pen) veulent changer de Constitution (qu’ils appellent ou non ce changement "VIeme république").

Nouvelle époque, enfin, avec cette interminable pré-sélection des candidats, dont vous parliez, Christiane Taubira. Il y a eu la primaire de droite, en novembre... celle de gauche en janvier... Et puis les primaires invisibles de cette semaine : Bayrou qui s’efface au profit de Macron ; l’écolo Yannick Jadot en passe de le faire pour Hamon. Une autre forme de primaire, déterminée par les sondages et la crainte du FN. En somme, le vote utile poussé à son extrême.

Tout cela dessine un visage politique nouveau. Dont on ne sait pas encore s’il sera juste une persistance de l’ancien sous un masque inédit, ou bien les prémisses d'une recomposition plus profonde. Et jusqu’où ? La nouveauté des têtes n’entraîne pas forcément le renouveau des pratiques : comme le professait François Mitterrand, « rien n’est plus vieux qu’un journal de la veille ».

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