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François Fillon, le 3 mars 2016.

Le retour de la ficelle sécuritaire

2 min
À retrouver dans l'émission

François Fillon, en mauvaise posture, a proposé d'abaisser la majorité pénale à 16 ans.

François Fillon, le 3 mars 2016.
François Fillon, le 3 mars 2016. Crédits : Geoffroy Van der Hasselt - AFP

Si cette campagne est par bien des points inédite, il est au moins un domaine dans lequel la tradition est respectée : la stratégie de diversion. Après avoir accusé la presse et la justice, François Fillon tente l'écran de fumée sécuritaire.

Le candidat de droite a proposé hier que la majorité pénale soit abaissée de 18 ans à 16 ans. Une idée à laquelle il était hostile il y a encore un mois. Mais la campagne a ses raisons que la raison ne connaît point. Cette proposition présente un triple avantage : changer de sujet (exit les "affaires"), cliver avec la gauche, et rassembler la droite. Tradition respectée disions-nous, et François Fillon sait de qui s'inspirer.

En juillet 2010, alors que l'affaire Bettencourt fait la une d'une actualité estivale bien morne, le président Nicolas Sarkozy se rend à Grenoble, pour un discours sur la sécurité. Le chef de l’État prend appui sur un échange de coups de feu entre la police et des braqueurs, qui s'est soldé par la mort d'un fuyard. Martial, Nicolas Sarkozy promet un renforcement de la vidéosurveillance, l'extension des peines planchers, une réévaluation des prestations auxquelles ont accès les clandestins, mais aussi :

"La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police ou d'un militaire de la gendarmerie"

C'est de l'histoire récente, mais on en connait déjà l'épilogue. Épilogue à court terme : Immédiatement, la presse délaisse Bettencourt pour "le discours de Grenoble". Controverses, débats, indignation, certes, mais l'essentiel était là : on ne parlait plus - ou beaucoup moins - des affaires.

Épilogue à moyen terme : un an après, le tumulte retombé, presque aucune des propositions assénées ce jour-là n'a eu de traduction dans la loi. Elles furent soit abandonnées soit inconstitutionnelles (lien abonnés).

La droite n'a évidemment pas l'apanage de ce type d'artefact. La taxe à 75% de François Hollande pendant la campagne de 2012 répond à la même logique. Un totem, qui chatouille les zones érogènes de son électorat, qui cristallise les débats et permet de redonner un peu d'oxygène au candidat.

François Fillon relance le débat de la minorité pénale pour ne pas être lui-même mis en minorité politique.

Bien sûr, hors de question de nier ici les problèmes de sécurité, qui n'ont pas décru. Ces jours-ci, les organisateurs de manifestations non déclarées et les émeutiers qui s'y agrègent sont d'ailleurs les meilleurs sparring partners de cette ficelle sécuritaire.

"La guerre est une chose trop grave pour être confiée aux militaires", professait Clemenceau. La sécurité est un domaine trop important pour être laissé à un candidat en mal de crédit politique.

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