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Henri Emmanuelli et Benoît Hamon à La Rochelle le 29 août 2014.

Le retour de l'aile gauche

3 min
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Éternelle minoritaire au sein du PS, elle tient sa revanche avec la désignation de Benoît Hamon.

Henri Emmanuelli et Benoît Hamon à La Rochelle le 29 août 2014.
Henri Emmanuelli et Benoît Hamon à La Rochelle le 29 août 2014. Crédits : Xavier Leoti - AFP

Il y avait hier soir, dans le sourire de Benoît Hamon, dans sa poignée de main furtive avec Manuel Valls, dans son empressement à interrompre le discours du perdant avec sa déclaration de vainqueur, comme un goût de revanche.

Pour l'aile gauche du parti, la victoire de Benoît Hamon met un terme à une longue série de défaites internes face au courant qu'on appelle au choix réaliste, légitimiste, réformiste.

Hier soir, les frondeurs n'ont pas seulement lavé la défaite du congrès de Poitiers (2015), où la ligne Hollande-Valls-Cambadélis l'avait emporté, avec le soutien d'ailleurs de Martine Aubry.

Ils prennent aussi leur revanche sur 2005, quand le Parti socialiste avait voté oui à la constitution européenne, avant de choisir Ségolène Royal l'année suivante.

Ils prennent leur revanche sur le congrès de 2003, où les rêves d'un Nouveau parti socialiste (NPS) furent dilués dans la synthèse hollandaise.

Ils prennent leur revanche sur 1995, quand la primaire du PS, réservée aux adhérents, avait designé Jospin au détriment d'Emmanuelli.

D'une certaine manière, ils referment une parenthèse ouverte en 1982-83. A l'époque, François Mitterrand choisit ledit réalisme, après une intense lutte d'influences dans son entourage. Le réalisme, c'est-à-dire de rester dans le serpent monétaire européen et de limiter le déficit budgétaire. Benoît Hamon, au moins dans les mots, laisse entendre que le cadre européen des 3% n'est pas son horizon.

Ce n'est pas simplement une ligne économique qui a été choisie hier soir...

Non, il y a bien sûr le phénomène de rejet du quinquennat finissant ; la malédiction des favoris et des établis (qui a déjà éjecté Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et Cécile Duflot) ; il y a la mue des partis sociaux-démocrates comme cela se passe en Europe avec le britannique Jeremy Corbyn ou le premier ministre portugais Antonio Costa.

Au-delà, le choix d'hier soir n'est pas seulement celui d'une ligne économique, c'est aussi le choix des thèmes de campagne. Ce scrutin marque la préférence des votants pour une campagne qui délaisse les enjeux identitaires au profit des sujets économiques, sociaux et environnementaux. Ce choix opéré par deux millions de votants correspond-il aux attentes de la société française dans son ensemble ? Pas sûr, mais c'est une autre question.

Pourtant, malgré la victoire, s'ouvre maintenant une partie extrêmement difficile pour l'aile gauche. Si elle est encore ivre de la victoire - elle n'a pas l'habitude - il est fort à parier qu'elle dégrise assez vite.

D'abord, parce que les rapports entre le candidat Hamon et le Parti socialiste s'annoncent complexes. Le vote d'hier soir crée un conflit de valeurs avec la direction du PS ; avec un Jean-Christophe Cambadélis qui est resté globalement aligné sur le gouvernement.

Dans cette primaire, la tête du PS n'était pas hostile à Manuel Valls, pour faire dans la litote. Ceux qui ont suivi la campagne se souviennent de ce dimanche de la fin du mois d'août : Jean-Christophe Cambadélis avait invité à déjeuner tout ce que Paris compte de journalistes politiques qui couvrent le PS ; précisément au moment où Benoît Hamon lançait sa candidature à Saint-Denis. Hasard du calendrier, bien sûr.

Il faudra aussi compter avec le retour possible de la ligne vallsiste. Selon les premiers chiffres, Manuel Valls engrange ses meilleurs scores au sein des sympathisants socialistes les plus fidèles, et son ancrage décroit quand les votants se disent plus éloignés du PS. Il conserve donc une base non négligeable.

De même, plus de la moitié des membres du gouvernement avaient pris parti pour Manuel Valls. Benoît Hamon se prépare à une cohabitation qui ne dit pas son nom. Et puis il reste bien sûr à contenir deux adversaires. Jean-Luc Mélenchon à gauche, Emmanuel Macron à droite. Deux adversaires que Benoît Hamon doit surveiller dans une sorte de strabisme divergent : au premier il ne doit pas laisser l'exclusive de la ligne solidement ancrée à gauche ; au second il doit contester le renouveau et la jeunesse. Tout cela fait du travail. Il y a quelques jours en meeting, Jean-Luc Mélenchon a évoqué un PS pris "dans un casse-noix", entre la France Insoumise et En Marche !, entre Mélenchon et Macron. Et "au milieu, ça fait de l'huile", plaisantait-il. La seule chance de Benoît Hamon serait qu'il s'agisse d'huile de coude.

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