LE DIRECT
Le ministère des affaires étrangères, Quai d'Orsay, à Paris.

Le vrai ministre des Affaires étrangères se trouve-t-il à l'Elysée ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Autrement dit, qui dirige la politique étrangère de la France ?

Le ministère des affaires étrangères, Quai d'Orsay, à Paris.
Le ministère des affaires étrangères, Quai d'Orsay, à Paris. Crédits : Gilles Targat - AFP

On évoque souvent un « domaine réservé du chef de l'Etat », mais la réalité est parfois plus complexe. Certes, l'actualité du jour semble donner une réponse claire : à New York, Emmanuel Macron prendra tout à l'heure la parole à l'Assemblée générale de l'ONU. La voix de la France, c'est lui. D'ailleurs, le chef de l'Etat - élu à 39 ans et en recherche de crédibilité -, a tout de suite investi le terrain international : première visite au Sahel auprès des soldats, accueil de Vladimir Poutine, invitation de Donald Trump.

Attention, cependant, aux illusions d'optique. Son ministre Jean-Yves Le Drian donne moins dans les effets de manche spectaculaires que dans les discrètes relations interpersonnelles, grâce au réseau qu'il a tissé quand il était à la Défense sous François Hollande.

Entre l’Élysée, Matignon et le Quai d'Orsay, le partage du pouvoir tient surtout aux titulaires de ces fonctions. Certains ministres auront réussi à influencer la doctrine française sur le long cours comme Hubert Védrine, d'autres auront à peine eu le temps d'imprimer leurs cartes de visite avant de filer vers d'autres cieux. Philippe Douste-Blazy était méchamment surnommé Mickey d'Orsay, comme le rappelle Vincent Jauvert, dans son enquête La Face cachée du Quai d'Orsay.

Que dire de la période de Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères entre 2002 et 2004 ?

Période documentée par plusieurs récits de l'intérieur. Il y a d'abord bien sûr la bande dessinée Quai d'Orsay qui vous est consacrée Dominique de Villepin. Le ministère raconté par l'un de vos anciens conseillers (Antonin Baudry, sous le pseudonyme d'Abel Lanzac), avec le coup de crayon de Christophe Blain. L'on voit votre personnage tempêter contre "l’Élysée", - qui semble plus intéressé par la nomination du dernier attaché culturel aux îles Fidji que par la crise diplomatique du moment.

Sensation confirmée à la lecture du livre de Bruno Le Maire, à l'époque votre directeur de cabinet, même si c'est écrit en des termes plus diplomatiques. Au président les grandes orientations, au Quai d'Orsay, la parole et l'action.

Il y avait bien un secrétaire d'Etat, Renaud Muselier, auprès du ministre Villepin... Vous souvenez-vous d'ailleurs de ce qu'il disait sur la répartition du travail avec vous ?

« Villepin fait tout et moi je fais le reste ».

Et l'on passe, dans ce triptyque, sur Matignon (à l'époque tenu par Jean-Pierre Raffarin), dont le rôle fut sensiblement le même que celui de Renaud Muselier.

Sur la répartition des rôles entre le président et le gouvernement, que dit la constitution ?

Tentons une brève immersion dans le texte. L'article 5 dispose que le président est le garant de l'indépendance nationale, du respect des traités. Il accrédite les ambassadeurs, ajoute l'article 15. Mais l'article 20 lui indique que le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. L'article 21 prévoit que le gouvernement est responsable de la défense nationale. En des termes plus courants : "débrouillez-vous".

« Une bonne constitution doit être courte et obscure », selon la phrase prêtée à Bonaparte. Dans ce cas, sur le chapitre des relations internationales, elle doit être excellente.

Qui dirige vraiment la diplomatie française ? La question trouve une partie de sa réponse en période de cohabitation. Nous sommes le 6 mai 1986, François Mitterrand et Jacques Chirac se rendent ensemble au Sommet de Tokyo... Mais c'est bien le président qui prend la parole, quand le premier ministre est sagement assis en bas de l'estrade.

Onze ans plus tard, Lionel Jospin, premier ministre, défiera Jacques Chirac, devenu président, en multipliant les tournées à l'étranger. Dès lors en France, la gestion des affaires diplomatiques est bien un domaine réservé... mais cela dépend de qui a effectué la réservation en premier.

Chroniques

8H19
21 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Les matins avec Dominique de Villepin : quelle politique étrangère aujourd’hui, et demain ? (2ème partie)
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......