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Jean-Pierre Raffarin, proche d'Alain Juppé (ici le 27 août 2017 à Bordeaux) devient chroniqueur à la télévision.

Les anciens responsables politiques sont-ils des journalistes comme les autres ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Jean-Pierre Raffarin, Henri Guaino, Aurélie Filippetti... ils sont nombreux à investir les plateaux et les studios.

Jean-Pierre Raffarin, proche d'Alain Juppé (ici le 27 août 2017 à Bordeaux) devient chroniqueur à la télévision.
Jean-Pierre Raffarin, proche d'Alain Juppé (ici le 27 août 2017 à Bordeaux) devient chroniqueur à la télévision. Crédits : Georges Gobet - AFP

En cette rentrée, je voudrais adresser un mot de bienvenue à ces nouveaux collègues d'un pedigree un peu particulier. Vous avez peut-être vu passer l'information, Jean-Pierre Raffarin devient chroniqueur chez Laurent Delahousse, le dimanche soir sur France 2. L'ancien premier ministre n'est pas le seul à franchir le pas. Le sarkozyste Henri Guaino sera éditorialiste sur Sud Radio. La mélenchoniste Raquel Garrido tiendra chronique sur la chaine C8, propriété du groupe Bolloré. Aurélie Filippetti interviendra périodiquement sur RTL. Et l'ancien député socialiste Edouardo Rihan-Cypel livrera sa vision de l'actualité de bon matin sur Radio Nova.

On est d'abord tentés de sourire : quel paradoxe que de voir ainsi une classe politique balayée dans les urnes, revenir en force dans les studios.

Après tout, peut-être est-il trop difficile de se sevrer brutalement des caméras et des micros ? Peut-être est-il plus dur qu'avant de retrouver un emploi quand on a été responsable public ? Peut-être, enfin, s'agit-il d'une mode. Tout comme il y a deux ou trois ans, il était de bon ton de tout plaquer pour devenir entrepreneur (souvenez-vous par exemple de Fleur Pellerin ou d'Arnaud Montebourg).

On voit bien l'intérêt pour les chaines de recruter d'anciens responsables publics : ils s'expriment avec aisance, ils connaissent - a priori - la matière, ils ne sont pas tenus d'être objectifs ou neutres. Et on sait qu'une opinion tranchée et caricaturale attire davantage l'audimat qu'un propos plus nuancé. La chaîne américaine Fox News assume cette pratique depuis des années.

En France, la voie avait déjà été ouverte par Roselyne Bachelot ou Daniel Cohn-Bendit, mais la "transhumance" est désormais massive. Elle crée une zone grise : les nouveau venus ne sont ni vraiment loin de la vie politique, ni encore aux manettes ; ni vraiment acteur ni simple commentateur. C'est une nouvelle profession qu'on pourrait appeler « comment'acteur ». En quelque sorte, des travailleurs détachés de la politique, en contrat temporaire, ce qui ne va pas sans poser des questions plus larges.

Notamment sur un risque de mélange des genres ?

En tout cas un risque de brouillage des frontières. Quand Jean-Pierre Raffarin intervient à l'antenne désormais, doit-on entendre l'analyste politique, qui domestique sa subjectivité ? Ou bien s'agit-il du responsable politique engagé qu'on voit, pas plus tard qu'hier, dans le journal du Dimanche, en pleine page à côté d'Alain Juppé ?

Par ailleurs, comment ne pas voir que ce phénomène des "comment'acteurs" alimente la rhétorique sur "l'establishement", dope la dénonciation de cette supposée caste où les mondes politiques et médiatiques seraient poreux, voire complices. Cet univers de l'entre-soi où les postes seraient interchangeables à volonté - quand dans la "vraie vie", la moindre reconversion nécessite une formation, un diplôme, de la paperasse et beaucoup de patience ?

Vision caricaturale et donc injuste bien sûr, qui réduit les mondes politiques et journalistiques à quelques figures installées. Mais le risque est là.

D'autant que le brouillage est encore plus large...

Désormais, les partis veulent se constituer en médias, les médias recrutent des politiques. Deux institutions qui plongent - bizarrement... - dans les baromètres de confiance auprès du public.

Bien sûr, en démocratie, chaque citoyen façonne son opinion et peut l'exprimer ; les anciens politiques, autant que les autres. Surtout s'ils ont forgé au pouvoir une expertise dans un domaine technique particulier. Évidemment, les passages de la politique au journalisme sont possibles, mais ils doivent être irrévocables et sans chemin de retour. Les deux métiers ne sont pas simplement différents, ils sont antinomiques. Il faut une forme de garde-fou face à cette évolution curieuse... Auparavant, l'ancien responsable politique écrivait ses mémoires ; désormais il les propose à la découpe entre deux pages de pub.

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