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Manuel Valls, à la sortie du conseil des ministres, le 17 février

Les deux chemins de Manuel Valls

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À retrouver dans l'émission

Partir sur un coup de tête, ou rester au risque du coup de blues ?

Manuel Valls, à la sortie du conseil des ministres, le 17 février
Manuel Valls, à la sortie du conseil des ministres, le 17 février Crédits : Jacky Naegelen / Reuters

On ne sait pas comment finira ce double épisode déchéance de nationalité - loi Travail. L'Exécutif s'est méthodiquement fâché avec la gauche sociétale puis avec la gauche sociale. On ne voit pas, à dire vrai, comment cela pourrait finir bien - en tout cas pour le gouvernement.

Sur la loi Travail ? Soit il recule, soit il prend le risque d'une double crise : crise politique de la majorité, crise sociale dans la rue. En somme, se dédire ou s'entêter...

Pour Manuel Valls, qui travaille patiemment à façonner sa stature de réformateur inflexible, de pourfendeur des conservatismes, de capitaine qui tient la barre par gros vent, les deux solutions sont des échecs.

A moins que... A moins que Manuel Valls décide de se sortir du guêpier, en démissionnant. C'est ce que susurre d'ailleurs à qui veut l'entendre son entourage depuis quelques jours. Sans doute pour faire monter la pression sur François Hollande... Comme s'il y avait une cohabitation au sommet de l’État.

Certes, l'un et l'autre sont comme liés par une cordée, le seul problème c'est qu'ils ne veulent pas gravir le même sommet : le président a besoin d'arriver à la présidentielle dans les conditions optimales, dans un pays apaisé, pour ne pas perdre toute chance de réélection - elles sont déjà minces... Manuel Valls, lui, travaille pour plus tard... Il veut montrer le vallsisme en action, sorte d'avant-gout pour une future course à l’Élysée. En somme, il muscle son CV pour pouvoir un jour postuler au boulot de ses rêves.

La situation que nous vivons est curieuse mais pas inédite. Cette divergence d'intérêts, et de calendrier entre un président et son premier ministre, c'est même un grand classique de la Vème république. Il existe de nombreuses jurisprudences que Manuel Valls aurait tout intérêt à regarder de près.

Quels sont les exemples historiques qui peuvent l'aider à trancher ?

En tant que chef du gouvernement, Manuel Valls a deux chemins qui s'offrent à lui : il peut se chiraquiser ou se filloniser.

1) se chiraquiser :

Tout à son ardeur réformatrice, mais sans soutien explicite et public du chef de l'Etat sur la loi Travail, Manuel Valls pourrait reprendre quasi mot pour mot la déclaration de Jacques Chirac, alors premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing, lorsqu'il annonce sa démission. Nous sommes le 25 août 1976 :

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11 sec
1976 : Jacques Chirac démissionne

Adopter ce ton, ce serait une manière de renvoyer la passivité et les échecs à François Hollande, de s’exonérer du bilan commun et de se rappeler ensuite au bon souvenir des Français.

2) Se filloniser :

L'autre voie pour Manuel Valls, c'est donc Fillon (à Matignon de 2007 à 2012)... Un premier ministre qui presse le président d'aller plus loin, plus vite, plus fort sur les réformes, et notamment sur la question des retraites... Un premier ministre qui, en retour, se fait qualifier de "simple collaborateur", et qui est prié de ne pas mettre le pays dans la rue avant les prochaines élections. Bâillonné par Nicolas Sarkozy, il finit par sombrer avec lui.

Alors quand reprendre sa liberté au détriment de la solidarité ? En d'autres termes, à quel moment faut-il quitter le bateau qui va droit vers l'abîme ? Une question que Manuel Valls n'est sans doute pas le seul socialiste à se poser...

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