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Pendant le premier conseil des ministres, jeudi 18 mai, les journalistes ont été prié de sortir de la cour de l'Elysée.

Les journalistes auront-ils le droit de déplaire à l'Elysée ?

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Question posée par les premiers actes de la nouvelle présidence vis-à-vis de la presse.

Pendant le premier conseil des ministres, jeudi 18 mai, les journalistes ont été prié de sortir de la cour de l'Elysée.
Pendant le premier conseil des ministres, jeudi 18 mai, les journalistes ont été prié de sortir de la cour de l'Elysée. Crédits : Philippe Lopez - AFP

Hier, la cour de l’Élysée a été évacuée de ses reporters, avant la fin du conseil des ministres : pas de questions pour la nouvelle équipe gouvernementale. Premier symbole fâcheux.

Mais l'essentiel est ailleurs. « Monsieur le président, il n'appartient pas à l’Élysée de choisir les journalistes » : voici le titre d'une lettre ouverte, diffusée hier soir et signée par une vingtaine de rédactions, dont TF1, Médiapart, Le Point, RFI, le Figaro... et France Culture.

L'ensemble de ces signataires, aux lignes éditoriales - pour le moins - hétérogènes, s'indigne des conditions d'organisation du prochain voyage présidentiel.

Explication : l’Élysée a jugé indésirables plusieurs médias pour suivre Emmanuel Macron au Mali, ce vendredi. Officiellement pour des questions de place. Premier arbitraire quantitatif, donc, même si ce n'est pas une première. Mais cela s'accompagne d'un deuxième arbitraire, "qualitatif" celui-ci : l’Élysée a contacté directement certains journalistes pour faire partie du voyage, il en a rejeté d'autres, au sein des mêmes rédactions : bref, la présidence a fait sa sélection.

On pourrait penser qu'il s'agit d'un faux-pas, liés aux débuts d'une nouvelle équipe. Ou à l'aspect sécuritaire particulier de ce déplacement en zone de guerre. Mais non, les communicants d'Emmanuel Macron assument. Et veulent continuer ainsi. L'un d'eux, Sylvain Fort, contacté par le site Arrêt sur images (abonnés), dit vouloir favoriser le "pluralisme à l'intérieur des rédactions", pour ouvrir la porte "à des journalistes qui pourraient poser des questions plus pertinentes". La pertinence des questions serait donc jugée par ceux à qui elles sont posées. Curieuse conception de l'exercice journalistique.

Bien sûr, Que le traitement de l'actualité soit questionnable, c'est évident. Que le fond des sujets disparaisse régulièrement au profit de l'anecdote, c'est indéniable, et c'est regrettable.

Mais comment imaginer, dans une démocratie moderne, que le pouvoir exécutif puisse désigner les reporters dignes ou indignes d'exercer leur métier ?

En ces temps de défiance généralisée, de rumeurs, de mises en cause des institutions comme des médias, comment comprendre que la présidence donne l'impression de vouloir désigner des "journalistes officiels" (pardonnez l'oxymore) ?

Le candidat devenu président a mis en avant "le renouvellement des pratiques" ; cela ressemble pourtant à un retour en arrière, lorsque le menu du journal était validé sur le bureau du ministre de l'Information. Quand la communication ne s'appelait pas encore communication mais propagande.

Cet épisode met au jour la volonté de verrouillage de l'équipe de communication d'Emmanuel Macron, et les relations parfois tendues avec les journalistes...

Déjà pendant la campagne présidentielle, quelques épisodes en avaient été les prémisses. Peut-être avez-vous vu le documentaire sur les coulisses de la campagne, diffusé sur TF1. On y voit l'attachée de presse d'Emmanuel Macron morigéner au téléphone un journaliste des Inrocks dont elle contestait l’interprétation. « Travail de sagouin » lui lance-t-elle.

A plusieurs reprises également pendant la campagne, des journalistes ont aussi été menacés de ne plus être accrédités aux meetings. Le journal Le Monde raconte par ailleurs les insultes formulées par un communicant d'Emmanuel Macron à Yann Barthès, présentateur de l'émission Quotidien, après un sujet qui avait déplu : « Gros connard » et « débile profond ». L'article du Monde (abonnés) précise que ce communicant a reconnu la première insulte, mais qu'il conteste la seconde.

Présidence "jupitérienne"

Le verrouillage est théorisé : Emmanuel Macron revendique une présidence qu'il qualifie de "Jupitérienne", c'est à dire un culte du secret, de la discrétion et de la parole rare.

Certes, il n'est pas absurde que le nouveau pouvoir veuille rompre avec certaines habitudes du président sortant. Fini, le commentaire en temps réel du quinquennat par le chef de l’État, qui avait fait le régal des gazettes et des auteurs de livres.

Mais l'un des incontestables aspects positifs du quinquennat précédent fut le respect intégral de la liberté de la presse.... Respect d'autant plus méritoire qu'il ne fut pas toujours réciproque.

Le nouveau pouvoir, qui dit s'inscrire dans son temps, ne peut résumer la modernité à quelques selfies postés sur Twitter, à quelques "dabs" devant des photographes choisis.

Cela semble une évidence, et pourtant : les journalistes de la cour de l’Élysée ne sont pas des journalistes de cour. Et cette présidence, à vouloir entraver la liberté d'information, risque d'être moins "jupitérienne" que tout bonnement lunaire.

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