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Donald Trump, le 9 novembre 2016.

Les quatre enseignements de l'élection américaine pour la campagne présidentielle française

4 min
À retrouver dans l'émission

Plafond de verre, sondages, riposte, "système"... Ce que l'élection de Donald Trump nous dit de la campagne qui vient en France.

Donald Trump, le 9 novembre 2016.
Donald Trump, le 9 novembre 2016. Crédits : Saul Loeb - AFP

Il y a comme un goût de 21 avril ce matin : des sondeurs largués, des médias ridiculisés, des mines sidérées. Un 21 avril américain, sans deuxième tour de rattrapage. Avec dores et déjà une majorité législative, puisque le Sénat et la chambre des représentants sont tenus par les Républicains. Plusieurs enseignements : d'abord on évoquait hier ce désir autoritaire : les résultats montrent ce matin que ces électeurs tentés par un régime dur sont allés jusqu'au bout de leur vote. Et pas uniquement dans les bastions républicains du grand Sud. Tout comme la percée de Marine Le Pen dans le Nord, aux régionales, avait occulté qu'elle progressait fortement dans d'autres territoires, y compris dans les tranquilles régions du Centre et de l'Ouest.

Retrouvez notre dossier : Donald Trump, les enjeux d'une présidence américaine

Ensuite, quelle formidable défaite pour les médias et sondeurs. Dans cette élection, rien n'est plus vieux qu'un sondage de la veille. Il suffit de regarder les courbes et les graphes publiés à quelques heures de la clôture du vote pour se rendre compte du carnage statistique.

Certes, il s'agit peut-être d'un vote de colère rentré, difficilement mesurable. Mais c'est aussi l'échec sociologique d'un journalisme trop enfermé sur la - très démocrate - côte Est. Une bulle qui tombe des nues ce matin. Comme un journalisme trop parisien avait failli puis défailli le 21 avril 2002 en France.

Troisième enseignement : le fameux plafond de verre n'existe pas. L'idée que les électeurs jouent à se faire peur puis reviennent sagement au bercail de la raison (ou autoproclamé tel), est un mythe. Les résultats du Brexit auraient dû servir d'avertissement. Le vote américain de ce matin démonte la thèse, en France, selon laquelle il suffira d'être au second tour face à Marine Le Pen pour l'emporter les mains dans les poches.

On objectera que les électeurs de Trump ont plus voté avec leurs tripes, et ceux de Clinton davantage avec leur tête. Il est vrai que le premier n'a pas suscité la nuance ; que la seconde n'a pas suscité l'enthousiasme. Mais un vote est un vote, et une voix en vaut une autre. Ce matin, en France, le Front national exulte : Louis Aliot se réjouit du "bras d'honneur du peuple de l'oncle Sam contre ses élites". Marine Le Pen a dores et déjà félicité Donald Trump. C'est aussi une leçon sur la manière de contrer cet élan populiste.

Repassons-nous le film depuis un an, depuis les primaires américaines. Donald Trump fut tour-à-tour ridiculisé en outsider insignifiant, puis en pirate venu chercher un peu d'éclat médiatique, puis en matamore qui faisait frissonner quelques extrémistes, puis en authentique menace fasciste. Rien de tout cela n'entrava sa longue marche. En un an de campagne, Trump a vécu un condensé des arguments généralement opposés à l'extrême-droite en France, avec les résultats que l'on sait.

Ce moment Trump nous dit une dernière chose. De quoi s'agit-il ? D'un milliardaire sans mandat électif conspué par le sérail de son parti, prospérant sur les décombres d'un système dont il est issu. N'y a-t-il pas ici des bribes d'époque qui peuvent expliquer en partie, chez nous, le phénomène Macron ? Sans comparer - naturellement - les programmes, il y a quelque chose de similaire dans cette ascension, celle d'un homme du système à qui on confierait les clés pour mieux le détruire. "Quoi de mieux qu'un ancien banquier pour faire sauter la banque ?" lançait d'ailleurs le bras droit d'Emmanuel Macron, Richard Ferrand, lors du premier meeting d'En Marche en juillet dernier.

Ces jours-ci, il est de bon ton de citer Gramsci d'un air détaché pour caractériser la situation présente : "Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres». Mais ce que nous sommes en train de vivre (Trump, Brexit, Autriche...), n'est-ce pas déjà le nouveau monde ?

Chroniques

8H19
50 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Donald Trump président : la nouvelle Amérique vue par ses intellectuels
Intervenants
  • auteur du Billet politique de France Culture, journaliste au service politique de la rédaction
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