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Christian Jacob écoutant la déclaration du Premier ministre relative à l'évolution de la situation sanitaire et aux mesures nécessaires pour y répondre, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le  29 octobre 2020.

"Les Républicains", un parti qui se cherche un espace politique

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BILAN 2020 - Le parti "Les Républicains" souffre d'un divorce entre ses élus et son électorat. Les élus LR sont, pour beaucoup, issus de la droite centriste. L'électorat reste attaché aux valeurs de la droite gaulliste et bonapartiste.

Christian Jacob écoutant la déclaration du Premier ministre relative à l'évolution de la situation sanitaire et aux mesures nécessaires pour y répondre, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le  29 octobre 2020.
Christian Jacob écoutant la déclaration du Premier ministre relative à l'évolution de la situation sanitaire et aux mesures nécessaires pour y répondre, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le 29 octobre 2020. Crédits : Thomas Padilla - Maxppp

En cette fin d'année, nous tat des lieux des principales formations politiques en cette fin d'année 2020. Le politologue Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l'Université Paris II Panthéon-Assas, docteur à l'ENS Paris-Saclay, dresse le bilan de l'année écoulée pour le parti "Les Républicains". 

Le parti "Les Républicains", qui a succédé à l'UMP qui lui-même avait succédé au RPR, est-il devenu aujourd'hui un parti de second rang ? 

Ce n'est pas devenu un parti de second rang. Si vous regardez à l'Assemblée nationale et au sein des collectivités territoriales, vous constaterez que c'est un parti qui a encore une somme d'élus extrêmement importante. 

Il a conservé une capacité d'action, on l'a vu aux élections municipales, en montrant qu'il est capable de remporter des élections locales. 

En revanche, c'est aujourd'hui un parti qui s'inscrit dans une perspective de reconquête de son espace politique pour essayer de gagner des élections nationales. Donc c'est un parti en crise mais ce n'est pas encore un parti qui peut être considéré comme marginal. 

Pourtant, "Les Républicains" n'ont pas réussi à sélectionner de candidat au second tour de la présidentielle en 2017 et ils ont aussi perdu beaucoup de militants. Comment peut-on expliquer ce brutal effondrement ? 

Il y a plusieurs causes à cela. La première, c'est que ce parti s'est structuré à partir d'un double héritage. Il y a d'un côté l'héritage RPR et de l'autre, celui de l'UDF. Et, pour le dire simplement, l'UMP puis "Les Républicains" se sont construits avec les idées de l'UDF, mais avec la base militante et une partie de la sociologie électorale du RPR. 

Or, aujourd'hui, on voit qu'une partie des électeurs du RPR sont partis chez Marine Le Pen et qu'une partie de l'électorat UDF est tenté par un vote en faveur d'Emmanuel Macron. Donc, LR a en partie perdu son espace politique. Au niveau local, ce n'est pas impactant parce qu'il conserve un tissu d'élus locaux bien implantés sur le terrain. 

Le problème est que ces élus locaux n'ont pas forcément intérêt à ce que leur parti gagne les élections nationales. Parce qu'en général, le parti qui gagne au plan national, perd les élections au niveau local. Les élus locaux sont donc, d'un côté, une vraie ressource pour ce parti, mais ils représentent aussi une difficulté. 

Ce parti, aujourd'hui, souffre de deux gros problèmes : premièrement, son ancrage local ne le conduit pas forcément à regarder vers le national. Deuxièmement, son espace politique s'est retrouvé amputé à cause de choix idéologiques qui ne correspondent pas tout à fait à la vision majoritaire de son électorat. 

Est-il en mesure de reconquérir cet espace politique qu'il occupait auparavant ? 

C'est l'une de ses grandes difficultés. Il faut voir le problème de façon stratifiée. Quand vous regardez aujourd'hui le corps des élus, députés ou élus locaux, vous constatez qu'ils appartiennent à une droite plutôt centriste. 

Or, quand vous regardez les militants et les électeurs potentiels, vous constatez que c'est la vieille droite gaulliste qui demeure aujourd'hui la base militante et électorale de ce parti. La difficulté réside donc dans le fait qu'il faudrait élaborer une stratégie politique pour, d'un côté, retrouver une partie du logiciel idéologique originel et, d'un autre côté, conserver les élus qui font encore de ce parti la première force d'opposition en France. 

Il y a là deux impératifs contradictoires. Et aujourd'hui, seul un réel chef, dans un parti marqué par le bonapartisme, pourrait permettre de concilier ces impératifs contradictoires. Or, pour l'instant, de chef, il n'y a pas. 

Pour continuer à exister et à peser, LR doit-il nécessairement désigner un candidat à l'élection présidentielle de 2022 ? 

Comme je le disais, c'est un parti marqué par la tradition bonapartiste, c'est à dire marqué par une forme de culte et d'adhésion au chef. Et donc, le chef, dès lors qu'il incarne une identité de droite, peut permettre de rallier autour de lui des électorats très différents, aux intérêts et aux idées parfois contradictoires. Cette tradition, c'est à la fois la force de la droite mais c'est également sa faiblesse. 

C'est sa force parce qu'elle permet justement de concilier des ambitions et des aspirations contradictoires. C'est aussi une faiblesse parce que quand il n'y a pas de chef, une partie de l'électorat s'en va voir ailleurs et va voter utile, soit pour La République En Marche, soit pour le FN, ainsi qu'on a pu le voir aux élections européennes. "Les Républicains" n'ont donc pas réellement le choix, il leur faut un candidat. 

Chroniques

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  • Politiste, lauréat du prix de la Thèse du Sénat 2017.
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