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Les vacances des politiques et la vacance du pouvoir

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À retrouver dans l'émission

C'est un marronnier, un classique, dans les pages politiques de vos journaux en ce début juillet : où partent en vacances les responsables politiques ?

Question majeure, essentielle, primordiale. Vous saurez ainsi quel candidat à la primaire privilégie la côte Atlantique, quelle figure montante de la gauche préfère la verte campagne, quel leader centriste demande une lichette de pistache dans son cornet trois boules à Lacanau.

On en plaisante, mais le sujet est pourtant on ne peut plus sérieux...  Il est intéressant par ce qu'il dit de notre rapport aux politiques.

Chaque été, ces derniers sont soumis à une injonction contradictoire : ils doivent être à la fois proches de nous, Français parmi les Français. Et en même temps, le barbotage torse nu pendant deux semaines est du plus mauvais effet... Tous les présidents successifs se sont posé cette question insoluble : comment prendre le repos nécessaire, sans paraitre déserter la fonction ?

François Hollande a eu à connaître ce genre de mésaventure...

Août 2012, les premières vacances présidentielles. Soigneusement mises en scène : des vacances normales pour président normal, départ en train, direction la méditerranée :

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Billet politique Son Hollande vacances

"Recharger les accus", et c'est pourtant à ce moment-là que la cote de popularité de François Hollande commence sa vertigineuse glissade. "Que fait-il à se prélasser alors qu'il vient d'être élu ?", semblent dire les sondages...

D'où des consignes très strictes, depuis cet épisode, au sein de l'Exécutif : les vacances, pas plus de dix jours, à moins de 2 heures de Paris, si possible pour des destinations modestes. Il faut montrer que le politique ne prend pas de bon temps, dans une sorte de masochisme ostentatoire. Le phénomène s'est accru avec le "tout-smartphone" et les réseaux sociaux : les vacances discrètes ne le restent pas longtemps (c'est ainsi qu'on avait trouvé en ligne la photo de Jean-Marc Ayrault, en chemisette au petit déjeuner dans un hôtel du Vietnam, pris par un touriste français de passage).

Dix jours de vacances, pas plus ; n'est-on pas là aux limites de l'absurde ?

Comme le disait un ministre belge : "si on se repose en seulement dix jours de congés, ça veut dire qu'on n'a pas beaucoup travaillé le reste de l'année".

Cette question des vacances symbolise à elle seule l'ambivalence de l'opinion vis à vis des responsables publics. Pendant l'année, on sature, on peste, on dénonce leur omniprésence à l'écran. Et pendant l'été, lorsqu'on ne les voit plus, on se demande où ils sont et ce qu'ils font. La présence du pouvoir agace, la vacance du pouvoir angoisse.

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