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Le Fort de Brégançon, l'une des résidences d'été du président de la République

Les vacances du pouvoir, symbole de notre relation ambiguë à la politique

3 min
À retrouver dans l'émission

Où, quand et comment partir en congés quand on est un responsable public ? Pas si simple...

Le Fort de Brégançon, l'une des résidences d'été du président de la République
Le Fort de Brégançon, l'une des résidences d'été du président de la République Crédits : Bertrand Langlois - AFP

Nous y sommes. C'est la période où l'on voit fleurir dans les journaux les cartes de France des destinations des politiques pour les vacances. Untel ira à Concarneau en famille ; une autre se reposera à l'ombre des pins des Landes, tandis qu'un troisième choisira la Baie de Somme pour faire des pâtés de sable.

A première vue, on pourrait penser que les congés d'été marquent une sorte de trêve politique. Et pourtant la perception de cette période particulière est intéressante pour ce qu'elle dit d'une certaine crise de la représentation - ou au moins d'une crise de confiance.

Vis-à-vis de l'opinion publique, les responsables publics sont soumis à plusieurs injonctions contradictoires :

- On les veut lucides, clairvoyants, énergiques, mais on proteste s'ils osent prendre plus de dix jours de repos.

- On peste contre les "privilège" et le gaspillage s'ils fréquentent les résidences officielles de Brégançon ou de la Lanterne ; mais s'ils passent leurs vacances dans la propriété privée d'une connaissance, on les suspectera de collusion insupportable avec les forces de l'argent.

- On dénonce leur goût pour l'exhibition s'ils font la une des magazines en maillot, mais il suffit d'une absence médiatique un peu trop longue pour faire jaser sur la "vacance du pouvoir", voire "le vide au sommet de l'Etat".

- On fustige à longueur d'année leur impuissance, mais on se sent dépourvu dès qu'ils ne sont plus ostensiblement à la barre. Bref, il y a l'idée sous-jacente que le politique n'en fait jamais assez, et que par conséquent le luxe des vacances ne saurait lui être accordé.

Il suffit de voir sur les réseaux sociaux les commentaires insultants et les railleries qui ont suivi cette intervention de Jean-Luc Mélenchon :

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Autre injonction paradoxale, sur le faste et la modestie :

On a moqué les vacances "normales" de François Hollande - départ en train, quasiment valise à la main -, trop cheap ; mais on s'indignerait tout autant si un politique osait, comme Georges Pompidou, déambuler en Porsche à Saint Trop.

Autant d'injonctions contradictoires qui traduisent notre rapport ambigu au politique, dans notre République monarchique désenchantée, où le président est tour à tour considéré comme un roi ou comme un pion. Il y a l'idée confuse qu'il doit souffrir : s'il est le premier d'entre nous, alors il doit être le dernier à faire relâche.

En politique, la communication sur l'activité du président est essentielle ; celle sur son repos le devient aussi. François Hollande et Nicolas Sarkozy ont payé pour le savoir. Le premier a lourdement chuté dans les sondages dès l'été après son élection, pour s'être montré trop décontracté, en short à la plage alors que le chômage continuait de grimper.

Le second, en escapade sur le bateau de Vincent Bolloré, a offert une image "bling bling" qui ne le quittera plus de son mandat.

Depuis, des leçons ont été retenues. Les vacances des ministres sont contraintes, presque aussi normées que la fabrication d'un billet de banque : ils doivent passer leurs congés en France, à moins de deux heures d'avion de leur ministère. Si possible emporter du travail, et en tout cas s'absenter moins de deux semaines.

Ce qui suscite l'étonnement ou l'ironie chez nos voisins : « prendre si peu de vacances, ça veut dire qu'on n'a pas assez travaillé le reste de l'année », plaisantait il y a quelques temps un ministre belge à propos de ses homologues français. Alors oui, laissons souffler nos ministres, loin de Paris. La politique est une vocation mais ne doit pas être un dolorisme.

Pour ma part, c'était le dernier billet politique de cette saison. Merci aux auditeurs pour les échanges par courriel ou sur les réseaux sociaux. J'aurai le plaisir de vous retrouver le 28 août avec Guillaume Erner. D'ici là je vous souhaite un très bel été.

Frédéric Says

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