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Vue d'artiste des nuages de Jupiter

Macron : diviser pour mieux régner ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Une semaine après son entrée à l'Elysée, première radiographie du pouvoir selon Emmanuel Macron.

Vue d'artiste des nuages de Jupiter
Vue d'artiste des nuages de Jupiter Crédits : RON MILLER / LEEMAGE - AFP

Emmanuel Macron a bâti toute sa campagne sur l’ambition de rassembler ! Mais à bien observer les effets de son élection sur les partis politiques traditionnels, à regarder les premiers pas, les premiers gestes, les premiers mots d’Emmanuel Macron Président, c’est, pour l'instant, tout le contraire qui se produit. Alors on peut émettre l’hypothèse optimiste, proche de la vision de Schumpeter sur le capitalisme, se dire que l’on assiste à un processus de "destruction créatrice" mais appliqué ici à la politique et à imaginer, bien sûr, sur le temps long.

Là, à très court terme, en une semaine de pouvoir, qu’observe-t-on ?

  • Avec la nomination d’un Premier ministre et de deux autres ministres de droite, il a fracturé les Républicains.
  • Le Parti Socialiste, lui, est déjà quasiment préempté par les « marcheurs ». Le PS, sur le chemin de ces législatives, est lui aussi fracturé et fragmenté.
  • Emmanuel Macron commence également à diviser les journalistes. Avec ceux choisis, d’autres rejetés. Et d’autres encore, ni choisis, ni rejetés. C’est mon cas, j’étais vendredi du voyage au Mali. Mais la suspicion était jetée sur chacun d’entre nous. Qui, parmi la vingtaine de journalistes embarqués dans ce premier voyage officiel, avait été personnellement appelé pour en faire partie sans en avoir manifesté le souhait ? Qui croire, qui ne pas croire ?

Beaucoup de choses, dans cette première semaine d’exercice du pouvoir, renvoient à la maxime bien connue « diviser pour mieux régner ».

Il faudra encore attendre avant de se prononcer de façon plus définitive sur "le pouvoir selon Macron". Mais regardons ce qui est déjà là. Le Premier ministre veut "aller vite" disait-il hier au Journal du dimanche. "On ne peut pas attendre deux ans" explique Edouard Philippe, au sujet de la réforme du code du travail. Il est donc question de recourir aux ordonnances pour raccourcir le temps du débat parlementaire. Là encore, joli sujet de division à venir au sein du mouvement social, des syndicats et parmi les futurs élus qui siégeront à l’Assemblée nationale. Hier soir, sur Twitter, le socialiste Gérard Filoche, 30 ans d’inspection du travail à son actif, parlait carrément d’un "coup de force totalitaire".

Macron totalitaire ? Non, on l'a déjà dit, plutôt Jupiter. Ou roi trentenaire. Comme il l'expliquait dans cette interview de juillet 2015 à l’hebdomadaire le 1, le ministre de l’économie d’alors évoquait "la figure du Roi, l’absent de la politique française". Un vide qu’on aurait "essayé ensuite de réinvestir, pour y placer d’autres figures : Napoléon, De Gaulle. Et après De Gaulle, disait Emmanuel Macron, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique."

Nous avons une préférence pour les principes et pour la procédure démocratiques plutôt que pour le leadership, précisait-il. Or si l’on veut stabiliser la vie politique et la sortir de la situation névrotique actuelle, il faut, tout en gardant l’équilibre délibératif, accepter un peu plus de verticalité. Emmanuel Macron, Le 1, juillet 2015

Nous y sommes donc. Les corps intermédiaires, parmi lesquelles, les syndicalistes, les parlementaires, les journalistes, les associations... Toutes ces "institutions de l’interaction" comme les définit Pierre Rosanvallon, vont devoir s’y faire.

J'ai pu le vérifier vendredi au Mali. J’ai repensé en écoutant Emmanuel Macron à cette Allemagne dont il vante, comme d’autres, l’avantage de ses jeux de coalition, son art du consensus, le parlementarisme allemand. Mais ça c’était avant. Ecoutez, c’était vendredi sur la base de Gao.

Écouter
14 sec
Emmanuel Macron à Gao

Emmanuel Macron célèbre ici le présidentialisme, la force de frappe du Président français auquel la Constitution confère le rôle de chef des armées et la possibilité de déclencher seul le feu militaire, la foudre jupitérienne sans passer, sauf a posteriori, par une délibération parlementaire.

Avec Macron, c'est le retour de la logique gaulliste, avec tout de même un contre-exemple relevé dans cette première semaine. Le choix d’une médiation jeudi dernier dans le dossier du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Pour garder "l’équilibre délibératif" comme il disait dans l'interview au 1, on aurait pensé qu'il aurait suffi de suivre le référendum local de juin dernier où le OUI l'avait emporté. On aurait donc pu penser que le temps de la verticalité était venu, que la foudre allait frapper. Mais non, Macron a lu Machiavel quand il théorise l'efficacité politique, il précise que la politique atteint son but si elle parvient à éviter l'embrasement généralisé et la violence. Nommer aujourd'hui un médiateur et fixer 6 mois comme limite dans le temps respectent cet équilibre délibératif. Dans l’attente donc pour reprendre ses mots, de cette verticalité qu'il faudra accepter.

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