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En français puis en anglais, Emmanuel Macron affirme que la France "n'abandonnera pas" l'accord sur le climat.

Macron - Trump : après la poignée de main, le bras de fer

4 min
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Tranchée mais empathique, déçue mais constructive : Emmanuel Macron a réussi sa riposte au retrait américain de l'Accord de Paris sur le climat. Mais le plus difficile commence maintenant.

En français puis en anglais, Emmanuel Macron affirme que la France "n'abandonnera pas" l'accord sur le climat.
En français puis en anglais, Emmanuel Macron affirme que la France "n'abandonnera pas" l'accord sur le climat. Crédits : Capture d'écran - Elysée

Il était pas loin de minuit, hier soir, quand Emmanuel Macron a pris la parole. Deux déclarations courtes, l'une en français, l'autre en anglais. Format et formules qui claquent, matière première idéale pour les réseaux sociaux.

"Make our planet great again"

Devant le monde entier, le président français s'est offert un détournement du slogan de son homologue, qui veut rendre sa grandeur à l'Amérique ("Make America great again").

Le procédé a fait mouche immédiatement, y compris auprès des médias anglo-saxons. Le Financial Times a consacré un article à cette intervention quelques minutes seulement après sa fin. L'un des journalistes de la CBC au Canada, David Cochrane, a surnommé Macron « Troller in chief » (le chef des trollers). Du nom de cette pratique qui consiste à vous moquer d'un adversaire sur les réseaux sociaux.

Bien sûr, face à Donald Trump, face à cette décision, il n'est pas si difficile d'avoir le beau rôle. Même si le président américain ne fait que respecter une promesse électorale, il endosse le costume du dirigeant bas du front, court-termiste, égoïste, anti-écolo... Par contraste, n'importe quel contre-discours fait de son orateur un ami éternel de la banquise et des ours blancs.

Mais Emmanuel Macron va au-delà, et c'est en cela que l'exercice est réussi. Il ne se contente pas d'affirmer sa déception ou son regret à Donald Trump. Il contourne son homologue et s'adresse directement au peuple américain. Une communication habile et empathique, culottée même : dans leur langue, Emmanuel Macron leur explique directement pourquoi leur président a tort. Il tente de peser sur l'opinion publique américaine pour faire pression sur Donald Trump.

Alors bien sûr, il faut se méfier des exercices de communication, fussent-ils réussis : l'écologie est un terrain toujours propice aux formules qui font mouche. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » avait lancé Jacques Chirac au Sommet de la Terre à Johannesburg, il y a maintenant plus de quinze ans. De la même manière, l'ancien candidat démocrate Al Gore, défait à l'élection présidentielle de 2000, s'est construit une carrière d'Homme d’État-bis, en avocat de la cause environnementale.

Mais hier soir, Emmanuel Macron avait une légitimité particulière pour s'exprimer sans excès de diplomatie : il est le président du pays qui a accueilli la signature de cet accord.

En critiquant la décision du président américain, en publiant un communiqué commun avec l'Allemagne et l'Italie, et même en appelant les nations du monde entier à rester dans l'accord de Paris, le président français a tenté de saisir un leadership, de combler un vide.

Ce leadership occidental, déjà brouillé par les hésitations de Barack Obama, puis dilapidé par l'isolationnisme de Donald Trump, est en quelque sorte vacant. D'autant que le Brexit a fragilisé, a isolé le Royaume-Uni. Macron profite du vide pour se faire un nom sur la scène mondiale.

Et pendant ce temps, la Russie et la Chine...

Reste le plus difficile : empêcher l'effritement de l'accord de Paris. Compliqué, maintenant qu'un pays qui représente 19% des émissions de gaz à effet de serre en a déchiré la page.

Fait intéressant : pendant ce temps, la Russie et la Chine ont affirmé qu'elles restaient bien dans l'accord de Paris. Les deux puissances sont sans doute à la fois heureuses de montrer leur préoccupation pour l'écologie (qui ne sautait pas toujours aux yeux) ; mais aussi d'enfoncer un coin dans les alliances du "bloc occidental". Cette expression semble d'ailleurs chaque jour plus désuète depuis l'élection de Donald Trump. La semaine dernière, Angela Merkel jugeait que "l'époque où nous pouvions entièrement les uns sur les autres est quasiment révolue."

Et si c'était une chance ? Si ce lien distendu avec nos alliés historiques étaient une occasion de relancer l'Europe ? La fameuse "Europe des projets", la recherche, l'innovation, la diplomatie, tout cela autour de l'enjeu du réchauffement climatique. En un mot : remettre l'ouvrage écologique sur le métier politique.

C'est peut-être ça le véritable slogan qu'il y avait à comprendre hier soir derrière le discours d'Emmanuel Macron : Make Europe Great Again.

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