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Manuel Valls en réunion publique à Clermont-Ferrand, le 10 janvier 2017.

Manuel Valls, la rose et le point rouge

3 min
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L'ancien premier ministre va-t-il profiter du débat de ce soir pour relancer sa campagne ? Jusqu'à présent, la démarche du candidat n'a pas convaincu.

Manuel Valls en réunion publique à Clermont-Ferrand, le 10 janvier 2017.
Manuel Valls en réunion publique à Clermont-Ferrand, le 10 janvier 2017. Crédits : Thierry Zoccolan - AFP

Son équipe avait promis un blitzkrieg ; on est plus près de la bérézina. Manuel Valls peine à décoller, ses réunions publiques affichent une affluence faible : 200 personnes à Liévin, 300 à Clermont-Ferrand. L'ancien premier ministre a même dû annuler son meeting de Rennes prévu lundi prochain. Officiellement, pour cause d'agenda. Officieusement, par crainte d'incident, dans cette ville où la mobilisation contre la loi Travail avait été très importante, et parfois émaillée de violences. Pour ce meeting, une page facebook a d'ailleurs été créée pour "accueillir" Manuel Valls avec de la farine. 1700 personnes ont marqué leur intérêt pour l'événement.

Sur le fond, l'ancien premier ministre n'a pas réussi à imposer ses idées. Sa proposition d'un revenu décent, sous conditions de ressources, ressemble à un replâtrage d'allocations déjà existantes. De même pour le retour des heures supplémentaires défiscalisées - que ne l'a-t-il fait à Matignon ? D'autres propositions sont plus convaincantes, comme le prêt à taux zéro pour les créateurs d'entreprises ou la taxation des géants du numérique, mais elle ont été occulté par sa volte-face sur le 49-3 (pardon, son "évolution personnelle").

C'est une chance pour l'équipe de Manuel Valls : en France, contrairement aux États-Unis, les publicités dépréciatives ne sont pas d'usage en politique. Sinon, il est fort à parier que l'ex-premier ministre se serait retrouvé dans la situation d'un John Kerry. Le candidat démocrate en 2004 fut moqué dans un clip vidéo féroce des Républicains, montré sur une planche à voile, dans un sens puis dans l'autre... Autrement dit, le candidat qui suit le sens du vent :

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Alors certes, la campagne de la primaire connaîtra un nouveau départ ce soir avec le premier débat. Ajoutons que Manuel Valls n'est pas seul empêtré dans ses contradictions. On a oublié un peu vite qu'Arnaud Montebourg et Benoit Hamon ont été deux fervents soutiens dans le putsch mené par Manuel Valls au printemps 2014 pour évincer Jean-Marc Ayrault de Matignon.

Il n'empêche, l'ancien maire d'Evry concentre sur ses épaules l'essentiel (pour ne pas dire l'exclusivité) de l'acrimonie contre le bilan de la gauche au pouvoir. « On ne ment jamais autant qu'avant les élections, pendant la guerre et après la chasse » professait Clemenceau. Il est d'ailleurs frappant de voir comment Manuel Valls a subrepticement changé l'axe de sa campagne. Il l'avait commencé à gauche, la rose au poing, en rassembleur de la famille ; il insiste désormais sur l'autorité, la posture martiale, ce fut le premier thème de son discours de Clermont-Ferrand.

Un changement de pied symbolisé par un changement de slogan...

"Faire gagner tout qui nous rassemble" est devenu "une République forte, une France juste". Si l'on prend un peu de recul, dans le contexte politique que nous connaissons, une victoire de Manuel Valls serait en fait une incongruité presque statistique. Depuis un an, les électeurs envoient au tapis tout ce qui ressemble à un favori : Alain Juppé et Nicolas Sarkozy balayés à droite ; Cécile Duflot lourdement défaite chez les écologistes.

Manuel Valls endosse - en plus - la double étiquette de favori et de sortant. Ce qui équivaut en politique, par les temps qui courent, au point rouge sur le front dans un film de gangsters.

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