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A huis-clos, mardi soir, Manuel Valls n'a pas caché les extrêmes réticences qui lui inspirent la campagne de Benoît Hamon.

Manuel Valls, le frondeur du PS

4 min
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Allons-nous vers un remake de la campagne PS de 2007, quand Ségolène Royal fut lâchée par les siens ?

A huis-clos, mardi soir, Manuel Valls n'a pas caché les extrêmes réticences qui lui inspirent la campagne de Benoît Hamon.
A huis-clos, mardi soir, Manuel Valls n'a pas caché les extrêmes réticences qui lui inspirent la campagne de Benoît Hamon. Crédits : Eric Feferberg - AFP

Manuel Valls ne sera pas resté longtemps en retrait. Après quelques jours de vacances à Madrid - où des touristes français lui ont d'ailleurs rappelé son statut à coups de selfies -, voici l'ancien premier ministre de retour.

Moins d'un mois après sa défaite à la primaire, il a réuni hier soir ses soutiens à l'Assemblée nationale : la traversée du désert n'aura été qu'une traversée du bac à sable.

Comment maintenir le vallsisme en vie, battu dans les urnes par Benoît Hamon, relégué sur le plan des idées par Emmanuel Macron ? Question centrale de cette réunion à huis-clos, hier soir, salle Colbert.

Un rapide coup d'oeil aux participants permet de comprendre l'écartèlement auquel est soumis Manuel Valls. Il y avait par exemple Christophe Caresche, député PS de Paris, qui a déjà pris fait et cause pour Emmanuel Macron. Il y avait aussi Carole Delga, présidente de la région Occitanie, qui plaide le "légitimisme", le soutien plein et entier à Benoît Hamon.

Entre les deux ? Un marais de Vallsistes, encore amers de la défaite de leur champion mais rebutés par le dirigeant du mouvement En marche.

Vous connaissez le mot de François Bayrou : "Rassembler les centristes, c'est conduire une brouette pleine de grenouilles qui sautent dans tous les sens" . La maxime pourrait désormais s'appliquer au vallsisme.

C'est pourquoi, hier soir, Manuel Valls a appelé ses partisants à la cohésion. Selon le compte-rendu que nous ont fait plusieurs participants, l'ancien premier ministre a demandé à ses troupes une sorte de délai de grâce. En substance : "ne prenez aucune décision irréversible pendant les trois semaines qui viennent". En attendant que la situation s'éclaircisse, que la physionomie du premier tour se cristallise.

Pourtant, Manuel Valls, comme tous les candidats à la primaire, s'était engagé à en soutenir le vainqueur...

La charte de la primaire était pourtant limpide : "[les candidats] s'engagent à soutenir publiquement le candidat à la présidence de la République désigné à l’issue de la primaire et à prendre part à sa campagne". Mais hier soir, l'ancien premier ministre a mis sur Benoît Hamon la responsabilité des divisions. A cause de l'accord PS-écologistes, notamment, qui prive de circonscriptions une quarantaine de candidats socialistes. Plus grave, a renchérit Manuel Valls, cet accord tourne le dos au quinquennat, en promettant l'arrêt du chantier de Notre Dame des Landes ou la fin de l'état d'urgence...

L'amertume du vaincu ? Sans doute, mais cet épisode met en jeu la solidité de la campagne de Benoît Hamon. N'oublions pas que Manuel Valls avait rassemblé plus de 40 % des électeurs de la primaire. Il était même majoritaire auprès des seuls sympathisants du PS. Il conserve par ailleurs un large réseau d'influence parmi les cadres du Parti socialiste.

La fracture souterraine au sein du parti laisse planer une menace : un remake de la campagne de 2007, quand la candidate Ségolène Royal avait été plus ou moins discrètement lâchée par les ténors de son parti.

Jusqu'où peut aller Manuel Valls ? En affichant sa méfiance envers Benoît Hamon, l'ancien premier ministre prend un triple risque.

D'abord, il fragilise l'image qu'il tente de construire depuis des années : celle d'un homme au parler vrai, aux décisions tranchées, à la parole solide.

Ensuite, il contredit ses propres appels au légitimisme, adressés - parfois vertement- aux frondeurs pendant tout le quinquennat.

Enfin, il prend le risque de passer pour le boutiquier d'un sous-courant socialiste ; lui qui plaidait au contraire pour le dépassement des partis au profit d'une grande maison commune progressiste.

Alors y aurait-il une petite résurgence de hollandisme chez Manuel Valls ? Hier soir, l'ancien premier ministre a conclu la réunion par une touche d’ambiguïté dans laquelle chacun comprend ce qu'il veut :

"il faut à tout prix éviter un second tour entre François Fillon et Marine Le Pen".

Ce qui peut signifier un soutien à Benoît Hamon, le candidat socialiste, ou au contraire ralliement à Emmanuel Macron, mieux placé dans les sondages pour perturber ce duel entre droite et extrême-droite.

Commentaire d'un des participants, à la sortie de ce raout vallsiste : "Manuel Valls soutient Benoît Hamon comme la corde soutient le pendu."

Coincé entre Emmanuel Macron sur sa droite, Jean-Luc Mélenchon sur sa gauche, Benoît Hamon doit désormais désamorcer la fronde de son propre camp.

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