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Dans une interview au JDD, Manuel Valls affirme être "prêt" à concourir à la primaire de gauche, y compris face au chef de l'Etat.

Manuel Valls à quitte ou double

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En s'affirmant en rival de François Hollande, Manuel Valls pose un acte de défiance inédit sous la Vème république. Au risque de s'autodétruire.

Dans une interview au JDD, Manuel Valls affirme être "prêt" à concourir à la primaire de gauche, y compris face au chef de l'Etat.
Dans une interview au JDD, Manuel Valls affirme être "prêt" à concourir à la primaire de gauche, y compris face au chef de l'Etat. Crédits : Eric Feferberg - AFP

Au poker, c’est ce qu’on appelle "faire tapis". Manuel Valls met en jeu tout son capital politique. Dans une interview hier au Journal du dimanche, le premier ministre pose un acte de défiance envers le chef de l’État : il menace de se présenter contre lui à la primaire. Le locataire de Matignon se justifie par le livre des confidences de François Hollande, qui a « créé un profond désarroi à gauche ». « Je veux casser cette mécanique qui nous conduirait à la défaite », poursuit-il, avant d’évoquer la primaire : « Je m’y prépare, j’y suis prêt ». La limite qui sépare un premier ministre d’un rival politique semble franchie. Un tel défi lancé de Matignon vers l'Elysée est inédit sous la Vème république. Qui plus est en plein état d'urgence et à moins de cinq mois de l'élection présidentielle. Georges Pompidou et Jacques Chirac avaient démissionné, pris du recul avant de se présenter, l’un suite à de Gaulle, l’autre contre Giscard.

Il en va différemment pour Manuel Valls. Depuis 2012, il fut tour à tour directeur de communication de la campagne, ministre de l’Intérieur, puis premier ministre. A chaque fois, il avait fait office de paratonnerre de François Hollande. C’est maintenant de lui que vient la foudre.

Au sein du PS, l’électrique chef du gouvernement se pose en courant alternatif au président. Il n’hésite pas à renier le personnage ultra-loyal qu’il s’est construit. Dans le JDD, le premier ministre estime, sans le citer directement, que François Hollande présenterait une candidature "fragile" ou "bancale".

Écoutez pourtant ce que Manuel Valls disait de François Hollande il y a un peu plus d’un an, c’était en juin 2015, au congrès du parti socialiste à Poitiers :

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"François est un grand président !" - Manuel Valls

Alors comment comprendre ce revirement ? Jusqu’à présent, Manuel Valls a surjoué la loyauté. Par caractère sans doute, par stratégie surtout. Pour lui, il n’était pas concevable qu’un espace présidentiel se libère dès 2017. Ça n’était tout simplement pas dans le logiciel de la Vème république, qui a toujours vu les présidents se représenter à un deuxième mandat.

Mais dans le grand chamboule-tout politique de cette année 2016, ces théorèmes de la Vème semblent incertains. Manuel Valls observe que la figure de Brutus n’est pas désavouée par l’opinion, comme le montre la chevauchée d’Emmanuel Macron. Le chef du gouvernement note aussi qu’une primaire ne favorise pas forcément le candidat le plus capé. « La primaire de droite, avec Fillon et Sarkozy, a montré qu’un premier ministre peut battre un président », c’est ce que glissait un très proche de Manuel Valls, Luc Carvounas, en fin de semaine chez nos confrères de LCP. Enfin, Manuel Valls constate que chaque camp est déjà prêt. Emmanuel Macron s’est mis sur orbite, Jean-Luc Mélenchon a obtenu le soutien des communistes, les Verts ont désigné leur candidat, et même Sylvia Pinel au parti radical de gauche a déclaré sa candidature.

C’en est trop pour Manuel Valls, dont l’interview dans le JDD peut aussi se lire comme une bouffée d’impatience ; une ruade face à un président qui se hâte de prendre son temps, qui cultive l’ambigüité en orfèvre, certain que les institutions lui donnent le rôle de maître des horloges.

Pour autant la manœuvre de Manuel Valls est risquée, très risquée pour lui...

Oui, d’abord parce qu’il prend le risque de brouiller son identité politique. Difficile de se démarquer d’un bilan dont il est le co-responsable. Ensuite parce qu’il prend le risque de se contredire sur le fond. Depuis quelques semaines, tout à sa volonté de s’ancrer dans cette gauche qui ne lui a accordé que 6% à la primaire d'il y a cinq ans, Manuel Valls opère des mouvements de crabe idéologiques. C’est ainsi que lui, l’ancien ténor de l’aile droite a dénoncé la semaine dernière dans une tribune les "dégâts de la mondialisation". C’est ainsi que l’apôtre de la laïcité stricte a défendu il y a un mois à Evry, une règle plus inclusive, avec un islam qui est, je cite, une part indissociable de nous-mêmes. C’est ainsi, enfin, que le défenseur revendiqué de l’ordre et de l’autorité, en se présentant à la primaire, risque d’y ajouter, du désordre et de la confusion.

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