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Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, le 20 mars 2017, sur le plateau du débat télévisé d'avant-premier tour.

Mélenchon et Macron : pourquoi ils aiment se détester

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Insoumis et Marcheurs se sont mutuellement désignés comme adversaires privilégiés. Pour leur bénéfice mutuel ?

Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, le 20 mars 2017, sur le plateau du débat télévisé d'avant-premier tour.
Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, le 20 mars 2017, sur le plateau du débat télévisé d'avant-premier tour. Crédits : Patrick Kovarik - AFP

Les deux hommes n'ont pas grand-chose à voir, ni sur le plan doctrinal, ni sur celui de leur parcours. Ils ont pourtant installé une sorte de mano à mano, un jeu de miroir où chacun semble trouver son compte.

Ainsi, Emmanuel Macron avait riposté par avance à la manifestation de Jean-Luc Mélenchon : la veille, le chef d'Etat avait signé les ordonnances sous l’œil des caméras.

De même, après la sentence du président « la démocratie, ce n'est pas la rue », le dirigeant de la France insoumise n'a pas tardé à donner la réplique : « c'est la rue qui a abattu les rois. C'est la rue qui a abattu les nazis ».

Dans ce dialogue à distance, chacun électrise ses partisans. Les victimes se nomment la précision, la nuance, voire la réalité historique. Qui peut nier l'importance de la rue dans la démocratie, des projets de loi balayés par les manifestations, jusqu'au renforcement du pouvoir gaulliste le 30 mai 1968 ? A l'inverse, qui peut imaginer que le IIIème reich s'est effondré à coups de pancartes et de pavés ?

Dans ce duel, chacun est pour l'autre un sparring partner, l'antithèse idéale, un miroir parfait. Mélenchon voit Macron comme l'incarnation ultime de l'ultralibéral décomplexé ; tandis que le chef de l’État assimile son adversaire à un conservateur borné à tendance séditieuse.

Mais les deux hommes sont trop différents pour ne pas se ressembler un peu.

Lignes parallèles

D'abord, chacun est à la tête d'un mouvement crée ex-nihilo autour de sa personne. En Marche et la France Insoumise. Dans les deux cas, des formations à croissance rapide, très réactives sur les réseaux sociaux et façonnées à la main de leur fondateur. Pas plus à la France insoumise que chez En Marche, il n'existe de courant dissonant, d'opposition interne, de minorité critique.

Emmanuel Macron plaidait pour la bienveillance et l'horizontalité ; Jean-Luc Mélenchon prônait la 6ème république pour déconcentrer le pouvoir. Il n'empêche : dans chacun de leur mouvement, il y a une ligne... et pas deux.

On peut aussi voir un miroir entre les deux discours au sujet des médias...

Devinette : qui a dit, entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron : « Les journalistes ont un problème, ils parlent trop des médias et pas assez des Français » ? Réponse : les deux, à quelques virgules près.

Tous deux apportent leur pierre à la lapidation - devenue banale - du "système médiatique". Pas uniquement parce qu'ils dénoncent, à juste titre, un aspect parfois moutonnier ou superficiel. Mais aussi parce qu'ils rendent ces maudits plumitifs coupables de ne pas assez s'approprier la « pensée complexe » de l'un, de ne pas assez « penser finement » selon l'autre.

Solution toute trouvée, dans les deux cas : il suffit de créer son propre média. C'est ce que va faire la France insoumise au mois de janvier, comme le détaillait le journal Libération. Un site internet et un journal de 20 heures "insoumis" en ligne tous les soirs. Projet similaire pour la République en Marche. Un média, des vidéos, des "reportages" dont le ton sera sans doute impitoyable avec Emmanuel Macron...

Illégitimité et cour de récré

De même, les deux camps se jettent à la figure leur illégitimité supposée. Les amis de Jean-Luc Mélenchon ne perdent jamais une occasion de rappeler que le chef de l’État a été élu face au FN, sous-entendu par défaut. Ni une ni deux, les Marcheurs font circuler les scores des députés insoumis : où l'on voit que tous ont été élus avec 15 à 25 % des inscrits, à cause de la forte abstention. Les arguments sont les mêmes, seules les étiquettes changent. Ainsi, le dégagisme, en langage macronien, se dit « nouveau monde ».

Ce mano a mano dit quelque chose de l'époque, où les "vieux partis", englués dans leurs divisions, sont dépassés par ces mouvements ultra-personnalisés. Ce n'est pas anodin : pendant que les insoumis et les marcheurs s'affrontent, LR, le PS, le FN... préparent leur congrès (respectivement en décembre, en janvier et en mars).

Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron ont tout intérêt à ce qu'il n'existe plus aucun parti entre eux. Ce n'est pas un yalta de la vie politique française, mais cela y ressemble.

De ce point de vue, c'est un succès : les deux dynamiques agrègent des figures des "vieux partis" : Benoit Hamon dans le cortège de la France Insoumise, Manuel Valls du côté d'En Marche (pour ne parler que des finalistes de la primaire PS).

C'est le paradoxe du duel Macronistes / Insoumis : en cherchant à s'affaiblir réciproquement, les deux camps se renforcent mutuellement.

Frédéric Says

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