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Mélenchon, Macron : des chiffres et des lettres

3 min
À retrouver dans l'émission

Compte-rendu d'un week-end de campagne à fronts renversés.

Cette présidentielle n’en finit pas nous surprendre. Résumons. Après le président sortant-sorti ; après le candidat-de-l’honnêteté coincé dans un déluge d’affaires ; après la candidate du "Tous pourris" prise dans la nasse de détournements présumés de fonds européens... Ce week-end nous a offert une nouvelle scène qui montre que cette 11ème élection de la Vème république n’obéit décidément pas aux théorèmes classiques de la discipline.

Une scène, ou plutôt deux scènes croisées. Ce dimanche, Jean-Luc Mélenchon - allure de premier de la classe et carnet de notes sous les yeux - a longuement détaillé le chiffrage de son programme. Pendant cinq heures, le candidat de la France insoumise (entouré d’économistes de son parti) est entré dans le détail : du taux marginal d'imposition à la ré-orientation de la PAC, en passant par le calcul de la dette.

L’effort est à saluer, bien sûr, mais quel contraste avec l'"ancien" Jean-Luc Mélenchon, qui levait les yeux au ciel lorsqu'un un journaliste l'interrogeait sur le chiffrage de son programme. Le malheureux était alors renvoyé au rang de « comptable » hypnotisé par son boulier, incapable de comprendre la politique avec un grand P.

Le littéraire Mélenchon, ancien rédacteur de revues socialistes, désormais auteur de posts de blog au style léché, a laissé les lettres et s’est mué en candidats des chiffres, au moins le temps d'un après-midi.

Quelques heures avant, Emmanuel Macron tenait un meeting à Toulon. Devant près de 2000 spectateurs, le candidat d’En Marche est revenu sur la guerre des mémoires, ravivée par ses propositions sur la colonisation en Algérie. Les yeux embués, Emmanuel Macron a poussé encore d’un cran son récit personnel : celui de la rencontre d’un homme et d’un peuple :

"Aujourd'hui, chacune et chacun dans vos conditions, dans vos histoires, dans vos traumatismes, parce que je veux être président, je vous ai compris et je vous aime. Parce que la République doit aimer chacun !"

L’ex-ministre de l’Économie, ancien associé-gérant de la Banque Rotschild a donc délaissé les chiffres. Pour mieux tisser le récit de son épopée tout en lyrisme. Bref : il s’est mué en candidat des lettres.

Que comprendre de ces deux scènes croisées ? Il y a bien sûr le posture de communication. La stratégie de ce démarquer de ce qui est attendu. Les communicants appellent cela - attention les oreilles - la "disruption".

Mais il faut aussi remarquer que ces deux candidats, Mélenchon et Macron, n’ont pas été sélectionnés par le biais d’une primaire. Leur programme ou leur méthode n’ont pas été gravés dans le marbre par l’onction citoyenne. Ils sont donc plus libres d’en changer.

Quand le rhéteur des estrades "insoumises" se met à parler ratio, additions et pourcentage ; quand l’énarque inspecteur des Finances se met à parler d’amour, alors on sait que cette campagne n’obéit plus à aucune règle politique classique : c’est une campagne en apesanteur.

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