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Lors du premier tour des élections régionales, dimanche dernier, 66% des électeurs n'ont pas participé au vote.

Méthodes de vote et abstention : il dit qu'il ne voit pas le rapport

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La participation très faible (33%) au premier tour des élections régionales a relancé un vieux débat : faut-il moderniser les procédures de vote ? Une question qui évite l'introspection des partis politiques.

Lors du premier tour des élections régionales, dimanche dernier, 66% des électeurs n'ont pas participé au vote.
Lors du premier tour des élections régionales, dimanche dernier, 66% des électeurs n'ont pas participé au vote. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Depuis dimanche soir, l'on assiste à un véritable concours Lépine. Comment aider les Français à retrouver le chemin des urnes ? De nombreux responsables politiques ont leur idée.

Par exemple, Stanislas Guérini, le patron de La République en Marche, défend le vote par internet :  

« Je pense qu'il faut maintenant se donner tous les moyens. Sur le vote par internet  moi je souhaite qu'on puisse le mettre en place, dans le prochain quinquennat. Ca fait aussi partie des enjeux démocratiques ». (France Inter)

Il ajoute prudemment : il n'y a pas de "baguette magique" contre l'abstention.  

Autre proposition, celle de Christophe Castaner. L'ancien ministre de l'Intérieur, proche d'Emmanuel Macron, promeut le vote par correspondance, comme aux États-Unis. Vous envoyez votre bulletin à l'avance, par voie postale, et le tour est joué.  

"Et pourquoi pas rendre le vote obligatoire" ? C'est la suggestion de Louis Alliot, le maire Rassemblement national de Perpignan.  

On pourrait continuer ainsi longtemps. Le concours Lépine risque d'ailleurs de se poursuivre après le deuxième tour.  

Le problème, c'est que ces propositions sont en complet décalage avec l'enjeu. Les remèdes semblent méconnaître la nature du mal.  

Car enfin, si deux tiers des électeurs se sont abstenus, est-ce vraiment à cause des bulletins en papier ? 

La réponse est dans la question.  

Disserter sur les méthodes du scrutin, c'est ne pas regarder en face la crise démocratique.  

Rendons-nous compte : nous sommes prêts à attendre une matinée entière un livreur qui doit passer entre 8h et 13h... Mais pas à consentir un rapide aller-retour pour garnir les urnes (ou en tout cas de moins en moins).

Face à ce désenchantement, peu importe que le vote prenne un quart d'heure, 3 minutes ou 3 clics, il paraîtra toujours trop long.  

Il y a tout de même des raisons techniques à l'abstention...

Oui, certains électeurs sont absents le jour J, surtout en ces beaux dimanches de juin.  

Mais il existe déjà un système de procuration. Et il a été simplifié à l'extrême. Avec un pré-enregistrement en ligne. Difficile de le simplifier encore, sauf à créer de véritables nids à fraude.  

Par ailleurs, il n'est pas dit que le vote par internet doperait la participation. Les garanties sur sa sécurité, sur son anonymat, sur sa vérification ne sont pas satisfaisantes - encore moins dans une société de la défiance où tout est prétexte à imaginer des complots et des manœuvres.  

Et puis, il risque de désacraliser encore plus la mécanique républicaine. Si l'on vote comme l'on commande des sushis, alors l'acte citoyen se confond avec l'acte de consommation, et il paraît encore plus facultatif.  

L'une des solutions serait plutôt que le dispositif actuel fonctionne correctement.  

Comment expliquer qu'une démocratie pluriséculaire comme la France ne parvienne pas à acheminer des documents électoraux dans des boîtes aux lettres ?  

Comment expliquer l'absence de toute campagne d'information avant le 1er tour ?

Comment expliquer que les clips des candidats soient diffusés tard le soir sur la télé publique, comme si les réseaux sociaux et les sites n'étaient pas des vecteurs importants d'information, en particulier chez les plus jeunes ?  

Pour faire progresser la participation aux scrutins intermédiaires, il faut aussi clarifier les compétences. Chacun sait à quoi sert une élection présidentielle, à quoi sert une élection municipale, mais entre les deux, c'est souvent le mystère.

De la région à l'intercommunalité, en passant par le département, les compétences se confondent, se chevauchent. La confusion entraîne la désertion.

Et quelle responsabilité du côté des partis politiques ?  

On ne peut pas parler de crise de l'offre. De l'extrême-gauche à l'extrême-droite, un large panel d'idées est représenté.

En revanche, il est vrai que la diversité politique s'est un peu resserrée, à l'occasion de ces élections régionales.

En sortie de crise sanitaire, tous les candidats ont voulu être les plus rassurants. Résultat : cela n'incite pas aux propositions iconoclastes ou originales.

Ainsi, durant cette campagne, le RN s'est normalisé - pas un mot plus haut que l'autre. De l'autre côté du spectre, l'écologiste Julien Bayou a reconnu, par exemple, que la vidéo-surveillance était utile. Ce qui aurait fait hurler les Verts il y a encore cinq ans.  

Bref, l'on a assisté à une forme de "moyennisation" des offres politiques. Cela donne le sentiment confus que presque tout se vaut (ce qui n'est pas le cas quand on entre dans le détail des programmes).

Voilà pourquoi le vote par internet passe à côté du vrai sujet. Comme un restaurant déserté qui changerait la couleur des assiettes plutôt que leur contenu. 

C'est aussi à la démocratie de se rendre appétissante.  

Frédéric Says

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