LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Emmanuel Macron, le 25 août 2017.

"Moi ou le chaos"

3 min
À retrouver dans l'émission

C'est ainsi qu'aurait pu être intitulée l'interview-fleuve d'Emmanuel Macron dans le Point.

Emmanuel Macron, le 25 août 2017.
Emmanuel Macron, le 25 août 2017. Crédits : Hristo Rusev - AFP

C'était il y a quelques jours, dans un salon de l'Elysée. Emmanuel Macron pestait contre les "Cassandre". Face à ses ministres réunis pour un séminaire de rentrée, il avait mis en garde contre les prévisions alarmistes, dont certains font une "rente" électorale. Pourtant, à lire ce matin l'entretien du chef de l’État, on se demande s'il n'y avait pas là une forme d'autoportrait.

A plusieurs reprises dans ses réponses, Emmanuel Macron dresse le portrait d'une France au bord du gouffre. Une France qui menace de se défaire, face à un risque de "guerre civile" alimenté par le terrorisme. Les mots sont tranchants. On y lit le pays comme une poudrière, minée par l'exclusion, le chômage et les tourments identitaires.

Pendant sa campagne, Emmanuel Macron insistait sur la bienveillance et l'optimisme. Certes, dans cette interview, ces deux valeurs ne sont pas totalement remisées (notamment à propos des opportunités de l'économie numérique). Mais il y a une forme de gravité, voire d'angoisse sourde, qui coule discrètement tout au long de cet entretien-fleuve.

Moi ou le chaos social

Sa mission, dit-il, est rien de moins que de redonner une "assise" à la société française. Un "esprit de conquête" contre la "politique victimaire". L'idée est distillée que la réforme du marché du travail doit permettre aux exclus, en particulier dans les banlieues, de s'insérer, et de rejeter la violence, comme seul moteur de reconnaissance ou d'absolu.

Une manière de vendre les réformes économiques et sociales, comme un antidote au déclin du pays, voire au terrorisme. Pour définir son rôle, le président français a recours à une métaphore architecturale. Il se voit comme "la clé de voûte", avant d'ajouter : "si cette clé de voute est mal positionnée, tout s'effondre". Moi, mes mesures ou le chaos.

Le chef de l’État évoque tout de même des remèdes face à ces risques...

A ce corps social apeuré, angoissé, Emmanuel Macron propose d'administrer des substances euphorisantes ; ce qu'il nomme des "récits collectifs", des "rêves", de "l'héroïsme". Car "tout état social exige des fictions", lance Macron, en citant Paul Valéry.

Il décrit en fait une France chloroformée depuis 30 ans. Tout au long de ces pages, il tance d'ailleurs régulièrement François Hollande, parfois ouvertement comme ici : "mon prédécesseur n'a pas défini de stratégie de reconquête" quant à l'organisation de l'armée française. Parfois sans le nommer comme là : "si on dit au pays, vous êtes moyen, les efforts vont durer quatre ou cinq ans, ça va bien se passer, eh bien ça ne marche pas, on lui ment et il le sait". Certes, il concède à François Hollande "de bonnes mesures économiques et sociales prises au cours du quinquennat"... pour aussitôt rappeler qu'il était lui-même conseiller économique et qu'il n'y est pas pour rien.

Moi ou le chaos politique

A la fin de l'entretien, Emmanuel Macron se "touche la nuque" (nous apprend une petite didascalie du Point). Et il reprend : "je l'ai encore là, la brûlure de l'attente, de la colère, du populisme". Il revoit cette scène de l'entre-deux tours, quand Marine Le Pen visite l'usine de Whirpool, pour essayer de s'arroger un monopole sur le réel.

Depuis l'élection, le président a soigneusement travaillé à diviser le PS et la droite. Il a progressivement marginalisé tout ce qui se trouvait entre lui et les extrêmes. Et Emmanuel Macron de lancer ces mots, qui résument finalement l'entretien : "j'apparais comme un dernier recours".

Chroniques
8H19
25 min
L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
Forme, méforme, réforme : la rentrée d’Emmanuel Macron
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......