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In extremis hier soir, La République en Marche, dirigée par Stanislas Guérini, a fait le choix de s'allier à LR à Bordeaux, Clermont-Ferrand, Strasbourg.

Municipales : la fin des automatismes

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Le dépôt des listes pour le second tour des municipales est clos depuis hier soir... Et les stratégies d'alliances locales réservent de nombreuses surprises.

In extremis hier soir, La République en Marche, dirigée par Stanislas Guérini, a fait le choix de s'allier à LR à Bordeaux, Clermont-Ferrand, Strasbourg.
In extremis hier soir, La République en Marche, dirigée par Stanislas Guérini, a fait le choix de s'allier à LR à Bordeaux, Clermont-Ferrand, Strasbourg. Crédits : Thomas Coex - AFP

A Nîmes, la tête de liste d'Europe-Ecologie-Les Verts se désiste au profit, tenez-vous bien, de La République en Marche.  

Il y a de quoi être surpris, quand on songe le discours national des Verts contre la présidence d'Emmanuel Macron.  

Mais le cœur des municipalités a ses raisons que la raison des partis ne connaît point.  

Au-delà de cet exemple surprenant mais isolé, ce qui est significatif, c'est que les alliances se font à géométrie variable : il y a presque autant de stratégies que de villes.   

Prenez par exemple le PS et les Verts. Traditionnellement, les deux mouvements se retrouvent au second tour des municipales, de manière quasi-automatique. Eh bien rien de tout ça, cette fois.

La fusion des listes rose et verte fonctionne à Nantes, Paris, Rennes ; mais la rupture est assumée à Lille ou à Strasbourg.  

Clivage gauche-droite ressuscité ?

De même, pour ce second tour, il est intéressant d'observer le choix des candidats de La République en Marche.  

Ils se désistent dans des villes gagnables par le Rassemblement national, comme à Perpignan. Mais ailleurs, c'est beaucoup moins clair.  

LREM opte pour le maintien à Paris et à Besançon, par exemple.   

Mais dans d'autres municipalités, c'est une alliance avec la droite, avec Les Républicains, qui a été décidée in extremis hier. C'est le cas à Strasbourg, Bordeaux et Clermont-Ferrand (malgré des remous).  

Bref, le mouvement d'Emmanuel Macron, qui voulait dépasser le clivage gauche-droite, est tout de même obligé de s'y plier.  

Voilà pourquoi ce scrutin, qui aura lieu le 28 juin prochain, est assez atypique.  

Il règne une certaine imprévisibilité du jeu politique...

Oui, dans la mesure où il n'existe plus d'automatisme. Plus de consigne nationale des partis.

Certes, les élections municipales ont toujours été l'occasion de bâtir des alliances à contre-courant, en fonction des enjeux locaux et des affinités personnelles.

Mais ce qui est d'habitude l'exception est cette fois la règle : chacun fait ce qui lui plaît. Parfois, à l'intérieur d'une même liste, des candidats font des choix différents pour le second tour.  

Comment l'expliquer ?  

C'est naturellement lié à la perte d'influence des partis politiques. Il est révolu le temps où vous pouviez décider depuis Paris (depuis la rue de Solférino ou la rue Vaugirard) si le candidat d'une sous-préfecture à 800 kilomètres devait se maintenir ou pas.  

Les appareils politiques sont plus décriés qu'antan. Ils sont moins respectés. Ils possèdent d'ailleurs moins de moyens de rétorsion contre les récalcitrants. Jadis, ils pouvaient faire miroiter des postes, des investitures, des responsabilités nationales, voire des logements ou des subventions.

Désormais, ils ne peuvent que timidement donner leur avis. Et encore, le candidat local se fait un plaisir de le bafouer, cet avis, pour montrer qu'il est "libre", qu'il n'est pas dans la main des "apparatchiks", selon le vocabulaire consacré... L'esprit anti-système se décline aussi localement.

Société civile

Cela tient également à l'émergence de la société civile en politique, des listes citoyennes, que l'on a vu fleurir un peu partout lors de ces municipales.  

Il est beaucoup plus difficile de contraindre quelqu'un qui ne veut pas "faire carrière". Et c'est sans doute une bonne chose.  

Au risque, cependant, de rendre la politique illisible...

Oui, c'est aussi le danger. 

Les sciences politiques ont vu émerger ces dernières décennies le concept de « volatilité des électeurs ». Autrement dit, le fait de voter un jour à gauche, l'autre à droite, puis de s'abstenir.  

Désormais, voici venir « la volatilité des candidats ». Tout est possible, ou presque. Et donc, en choisissant une liste au premier tour, vous ne savez pas ce que va devenir votre voix. Avec qui elle va être négociée. 

Dans un langage optimiste et poli, on peut appeler ça du « pragmatisme électoral ».  

Mais c'est aussi la porte ouverte au marchandage décomplexé.  

Puisque les structures collectives sont décrédibilisées, puisque les idéologies sont remisées au grenier, alors il n'y a aucun obstacle à des alliances entre des programmes rigoureusement contradictoires.

Aucun frein à des arrangements de circonstances pour obtenir les postes, au détriment des projets.  

Une lutte des places, sur fond de valse des étiquettes.  

Ce qui, avouons-le, ne correspond pas vraiment à l'idée que l'on se fait de la politique "nouvelle façon".

Frédéric Says

Chroniques

8H19
29 min

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