LE DIRECT
Plusieurs députés, dont Cédric Villani et Delphine Batho, posent devant l'Assemblée nationale pour annoncer la création du groupe "Ecologie, Démocratie, Solidarité", le mardi 19 mai 2020.

Neuf groupes à l'Assemblée nationale : comment expliquer ce record ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Sous la Vème République, c'est un nombre inédit. Pas moins de neuf groupes parlementaires cohabitent, depuis la création annoncée hier d'"Ecologie, Démocratie, Solidarité", emmené par d'anciens "marcheurs" déçus.

Plusieurs députés, dont Cédric Villani et Delphine Batho, posent devant l'Assemblée nationale pour annoncer la création du groupe "Ecologie, Démocratie, Solidarité", le mardi 19 mai 2020.
Plusieurs députés, dont Cédric Villani et Delphine Batho, posent devant l'Assemblée nationale pour annoncer la création du groupe "Ecologie, Démocratie, Solidarité", le mardi 19 mai 2020. Crédits : François Guillot - AFP

Sortons des querelles de personnes et interrogeons-nous sur ce paradoxe.

Alors que le parti d'Emmanuel Macron a remporté une très large victoire aux élections législatives en 2017, laissant peu de place à l'opposition, comment se retrouve-t-on avec une assemblée éclatée comme jamais, avec neuf groupes parlementaires (des communistes à l'UDI, des Républicains au PS, etc.) ? 

D'abord, il faut rappeler à quoi sert un groupe parlementaire. Il permet à ses membres d'obtenir des moyens, des locaux et du temps de parole réservé au sein de l'Assemblée nationale. 

C'est d'ailleurs ce qui entraîne la relative invisibilité de Marine Le Pen dans l'hémicycle (de même, sans doute, que son non-investissement). 

La présidente du Rassemblement nationale ne fait partie d'aucun groupe parlementaire. Faute d'alliés en nombre suffisant, elle siège donc parmi les non-inscrits ; ce qui lui donne un accès à la tribune rare et aléatoire. 

Ciment

Dans cette multiplication des groupes parlementaires, on serait tentés de voir un symbole de l'éclatement de la majorité...

Comme si le ciment du Macronisme n'avait pas été assez solide, pour tenir les différents blocs entre eux. 

C'est en partie vrai. Ce neuvième groupe, né hier, avec dans ses rangs Cédric Villani, Paula Forteza et Mathieu Orphelin (proche de Nicolas Hulot), estime ainsi que l'écologie a été maltraitée durant ces trois années de pouvoir. 

Autre exemple : il y a un an et demi, un autre groupe voyait le jour (le huitième, donc). Là encore fondé par quelques marcheurs en rupture de ban, entre autres, qui dénonçaient une politique trop centralisée, trop parisienne. 

Bref, la mode, c'est de créer sa tendance, son groupe à l'Assemblée ?

Oui, suivant l'adage qu'"il vaut mieux être premier dans son village que deuxième à Rome." 

Mais voir dans cette profusion le résultat d'un échec du macronisme est une explication bien trop courte.

En réalité, la principale raison est mathématique : le nombre de députés nécessaire pour créer un groupe a été constamment abaissé sous la Vème république.

Sous de Gaulle, il fallait réunir pas moins de 30 parlementaires. Ce seuil est passé à 20 en 1988. Puis à 15 en 2009, sous Nicolas Sarkozy. 

Par conséquent, il devient relativement facile de trouver 15 députés (sur 577) pour tenter une aventure commune - même si parfois ces assemblages sont hétéroclites. 

Le groupe "Libertés et territoires", par exemple, rassemble des élus nationalistes corses, d'anciens macronistes et de libéraux issus du centre-droit.  

BFM

Autre raison : il existe aujourd'hui une plus grande prime médiatique à la dissonance. Jadis, il n'existait que le journal de 20 heures : difficile de faire son trou médiatique. 

Aujourd'hui, si vous entrez en dissidence, vous êtes invités sur BFM. Et vous vous distinguez de la grande masse des députés inconnus du public. 

Et puis, si l'on veut comprendre pourquoi la majorité parlementaire s'effiloche au profit de petits groupes, il y une dernière explication. 

Elle tient à l'évolution des règles. Désormais, il est interdit d'être député-maire. Vous devez choisir entre l'un et l'autre. C'est ce qu'on appelle le non-cumul des mandats.

Or, jusqu'ici, le député-maire pouvait espérer être réélu à l'Assemblée grâce à son bilan local, à son action à la tête de sa ville. 

Autrement dit, il pouvait compenser les aléas de la politique nationale par son enracinement et ses résultats concrets. 

Désormais, c'est impossible. Et donc, n'ayant plus ce filet de sécurité, les députés qui pensent à leur réélection ont tendance à vouloir se distinguer de l'action du gouvernement, pour se protéger de son impopularité. 

Histoire de pouvoir proclamer, à l'élection d'après : « je n'étais pas d'accord et je l'ai fait savoir ». 

C'est d'ailleurs un pari logique mais risqué. 

Parmi les frondeurs socialistes du quinquennat précédent, quelles qu'aient été leur prise de distance, ils ont quasiment tous été balayés au scrutin suivant. 

Frédéric Says
 

Chroniques

8H19
38 min

L'Invité des Matins

Patrick Bouchain : "L'harmonie, c'est ce qui fait la beauté de l'architecture"
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......