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Le Palais Bourbon

Où est le renouvellement ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Brandi par les partisans du chef de l'Etat, le renouvellement reste à démontrer.

Le Palais Bourbon
Le Palais Bourbon Crédits : Tripelon / Jarry - AFP

A l'Assemblée, le changement de trombinoscope promet d'être spectaculaire. Combien de nouveaux visages inconnus dans cette assemblée nationale à l'issue du second tour ? Combien de vieux barbons, d'apparatchik patentés auront été remplacés par des visages plus jeunes, plus divers, plus enthousiastes ?

Et pourtant... Si le "renouvellement" est l'un des éléments de langage favori du nouveau pouvoir, il masque aussi une partie de la réalité. Car dans ces premiers mois de gouvernement dit "du nouveau monde politique", sur le fond, quels sont les projets ?

La réforme du droit du travail, et la transcription dans la loi de certaines dispositions issues de l’état d'urgence. Autrement dit, un affaiblissement du code du travail et un renforcement des lois sécuritaire. Soit finalement la synthèse des deux derniers quinquennats Hollande et Sarkozy.

Les nouveaux députés, qui sont censés révolutionner le système, qui sont-ils ? En bonne part des personnalités tout à fait estimables, mais forgés dans le même moule que les députés sortants. Selon une enquête de Libération, les candidats macronistes sont pour plus de la moitié des cadres ou professions intellectuelles supérieures (catégorie qui ne représente que 17% de la population active). Le mouvement compte aussi un - seul - candidat ouvrier (18% de la population active).

Mais on aurait tort d'y voir une spécificité macronienne...

C'est au contraire une grande constante des partis dominants de la Vème république. Ce qui relativise donc l'idée de renouvellement. En réalité, Emmanuel Macron semble simplement pousser l'agenda poursuivi par ses deux prédécesseurs, avec plus d'habileté et moins d'hypocrisie.

Le principal point de clivage avec la droite, dans cette campagne ? Le curseur de l'augmentation de la CSG... ce qui en dit long sur l'infimité de ce qui sépare l'ancien monde du nouveau.

Bien sûr, le chef de l’État a su rentrer dans les habits de président : dans la crise de représentation qui couve, ce n'est pas négligeable. Il a su rompre avec les aléas comportementaux de ses deux prédécesseurs, où l'un faisait honte au pays quand l'autre lui faisait pitié. Mais le renouveau des pratiques en est resté, pour partie, au stade de slogan.

Il suffit d'observer la journée d'hier pour le constater. L'on a vu Édouard Philippe recadrer François Bayrou, puis le ministre de la Justice envoyer paître son premier ministre.

On retrouve ici une autre constante de la Vème république, où la figure du président, intouchable, écrase tout. Le peu d'espace qui reste est âprement disputé entre le chef du gouvernement et le ministre d’État (c'est à dire le plus haut dans le protocole). Ce fut Sarkozy sous Raffarin, ce fut Valls sous Ayrault. Quant au ministre d'Etat de 1986, il s'appelait Édouard Balladur et il se présenta à la présidentielle, sept ans plus tard, contre son ex-premier ministre Jacques Chirac. Par ailleurs, quoi de plus "ancien monde" que la litanie des ministres touchés par des soupçons de financements illégaux ?

Pendant la campagne Emmanuel Macron s'est présenté en candidat "anti-système" et a intitulé son livre "Révolution". Cela peut servir pour gagner une élection, peut-être moins pour gouverner un pays. User de ces mots pour se couler ensuite dans les habitudes déjà établies, dans les choix déjà tentés, c'est prendre le risque de porter la déception et la défiance à un niveau inédit - elles qui n'avaient pas besoin de cela.

Hier l'INSEE a annoncé une décrue du chômage, la meilleure du genre depuis les années 2000. Seuls les résultats concrets convaincront les Français que la brutalité est en réalité de la force, que le calcul tient de l'habileté et que l'hégémonie est en fait une marge de manœuvre utile au pays.

Frédéric Says

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