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Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe, à Matignon, le 15 mai 2017

Où est passé le renouvellement ?

3 min
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Les premiers pas du président Emmanuel Macron laissent à penser que la rupture avec "la vieille politique" n'est pas (encore) d'actualité.

Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe, à Matignon, le 15 mai 2017
Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe, à Matignon, le 15 mai 2017 Crédits : Thomas Samson - AFP

Il faudra bien sûr attendre les premières mesures, les premières décisions du nouvel Exécutif, pour se faire une idée précise. Attendre les premiers contacts, aussi, avec la future assemblée. Mais d'ores et déjà, une observation avec l'arrivée d’Édouard Philippe à Matignon : tout se passe comme si Emmanuel Macron avait nommé l’un de ses collaborateurs. Sur-diplômé, allure de techno, phrasé précis et allure un peu engoncée, le nouveau Premier ministre a des airs de super-directeur de cabinet.

Hier soir sur TF1, il n’a pu dévoiler une originalité, une personnalité, qui nous empêchent de penser que cette nomination est légèrement ton sur ton. "Collaborateur" : on se souvient du mot cruel de Nicolas Sarkozy à l’égard de François Fillon, pour lui signifier que le vrai pouvoir était à l’Élysée. Ce mot trouverait davantage de sens dans le nouveau couple exécutif.

Certes, Édouard Philippe est maire, député, réputé fin et lettré, au point d'oser citer Cyrano de Bergerac sur BFM TV :

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Ce qui le rend plutôt sympathique... Au-delà de la prise de guerre à droite, on pourra trouver des aspects inédits à cette nomination : un président jamais élu auparavant a nommé un premier ministre jamais ministre jusqu'à lors. C'est aussi le plus jeune président qui choisit le 3ème plus jeune premier ministre de la Vème république.

Mais la nomination d’Édouard Philippe est surtout celle d’un homme qui, ayant franchi le Rubicon, dépend désormais uniquement du président de la République. Il ne peut s’appuyer sur aucune force politique extérieure. Les Républicains lui tournent le dos, les "macronistes pur jus" ne le comptent pas parmi les leurs, et l’aile gauche de la future majorité le regarde avec méfiance, lui qui se revendique comme" homme de droite".

Voilà pourquoi le premier ministre prend le risque que Matignon ne soit qu’une dépendance de l’Élysée ; une chambre d’application des décisions présidentielles, sur le mode la formule ciselée de Jacques Chirac : "je décide il exécute".

Plus largement, l'on peut s'interroger sur la réalité de la "rupture avec la vieille politique", promise tout au long de la campagne. Repassons le film de ces derniers jours :

- Tensions et marchandage autour d'un accord électoral avec le Modem, après avoir juré qu'un tel accord n'existait pas.

- Investitures aux législatives : prime donnée aux ralliés de la première heure, c'est-à-dire la récompense non du mérite ou du talent, mais de l'intuition et du sens de la chronologie.

- Déstabilisation des adversaires, en débauchant l'un des leurs. Emmanuel Macron, d'ailleurs ne s'en cachait pas, dans cette séquence issue du documentaire diffusé jeudi dernier dans Envoyé Spécial sur France 2 :

Questions, enfin, sur le "renouvellement" au sein de l'appareil d’État. A ce jour, Emmanuel Macron a procédé à 6 nominations : 6 hommes, 4 énarques, dont l’un est à la tête du gouvernement. L’épine dorsale du" système Macron", pour ce que l’on en connaît jusqu’à présent, est donc issue du même moule. "Un chamboule tout qui ne chamboule pas grand-chose", résume l'eurodéputé PS Emmanuel Maurel, qui tient chronique dans le journal l'Opinion.

Et si finalement le renouvellement était là ? Par ces nominations, le chef de l’État s'affranchit de l'air du temps. Bouscule cette doxa qui veut que les sur-diplômés soient les dernières personnes à qui il faudrait confier des responsabilités.

Emmanuel Macron avait promis d’être un président "jupitérien" ; en nommant Édouard Philippe, il s’adjuge plutôt la place du soleil, au centre, tandis que les débris et les restes des vieux partis lui tournent autour.

Frédéric Says

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