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Emmanuel Macron au Mémorial Charles de Gaulle, à Colombey-les-Deux-Églises, pour marquer le 60e anniversaire de la Constitution française, le 4 octobre 2018.

Patrick Garcia : "Il y a une dilatation de la notion de héros"

4 min
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Chaque matin, Frédéric Says et ses invités explorent les événements politiques à venir en 2020. Ce matin : la célébration du héros par Emmanuel Macron. Historien, Patrick Garcia revient sur les mutations de l'usage de la mémoire et de l'histoire en politique.

Emmanuel Macron au Mémorial Charles de Gaulle, à Colombey-les-Deux-Églises, pour marquer le 60e anniversaire de la Constitution française, le 4 octobre 2018.
Emmanuel Macron au Mémorial Charles de Gaulle, à Colombey-les-Deux-Églises, pour marquer le 60e anniversaire de la Constitution française, le 4 octobre 2018. Crédits : Vincent Kessler - AFP

2020 va être riche en commémorations, notamment autour du Général de Gaulle. Ce sera le 130e anniversaire de sa naissance, le 50e anniversaire de sa mort et le 80e de l'Appel du 18 juin 1940. Le président Macron, qui aime aussi "célébrer l'héroïsme" avec des cérémonies régulières autour notamment des soldats tombés dans les différents théâtres d'opérations, n'a de cesse de célébrer cet héroïsme français. Est-ce particulier à ce président de la République ?

D'abord, il y a une tradition qui s'instaure dès la Révolution française avec le Panthéon qui sélectionnait un certain nombre de figures exemplaires pour instruire la conscience nationale. Et là, on est même dans une tradition qui remonte encore au-delà avec la tradition de l'hagiographie, la mémoire édifiante des 5 reprise par la Révolution. cela dit, il y a bien effectivement quelque chose qui change à partir des années 90-2000 : la dilatation de la notion de héros. C'est le passage à des héros du quotidien, des héros contemporains. Et l'on voit la recherche d'un nouveau modèle, d'une nouvelle figure du héros c'est-à-dire tu une espèce d'aggiornamento du roman national.

Vous dites aussi que l'on peut déceler un tournant en 1995, avec notamment la reconnaissance par Jacques Chirac de la responsabilité de l'État français dans la déportation 

Oui, je crois que quelque chose a lieu à ce moment-là. C'est le moment où l'on sort d'un canon, la célébration d'une France toujours glorieuse, toujours du côté des libertés, en reconnaissant les fautes de la France : la reconnaissance de Vichy d'abord, de l'esclavage ensuite, de la torture en Algérie, ainsi de suite. A partir de là va se poser aux chefs de l'État une vraie question : celle d'équilibrer une mémoire qui reconnaît et en même temps de retrouver les ressorts d'une fierté nationale.

Dans cette célébration des héros par l'actuel chef de l'État, il y a également un tropisme particulier pour le fait militaire semble-t-il ? 

Oui. D'abord, il faut se remettre dans le contexte : l’armée française est engagée. Il y a les opérations extérieures, l'intervention au Mali, donc le président de la République se doit - mais Macron n'est pas le premier - d'honorer les soldats tombés. Il y a aussi cette volonté que Emmanuel Macron prend très sérieux le fait d'être chef des armées. Et cela va se traduire par une intégration dans son discours d'un certain nombre de faits qui n'étaient pas forcément dans le discours de ses prédécesseurs. Par exemple, j'avais été frappé lors de l'hommage aux deux bérets-verts tombés au Mali par le fait d'intégrer, sous le couvert du combat pour la liberté, Camerone et Bazeilles (les batailles). Camerone en 1863, avec la résistance de la Légion étrangère. Mais peut-on dire que ces soldats combattaient pour la liberté alors qu'ils étaient une force d'occupation au Mexique ? Et Bazeilles, l'exaltation de l'héroïsme militaire en 1870. C'est la fameuse dernière cartouche, ces soldats qui ne se rendent pas. 

Il y a là très clairement chez Macron, et il le dit explicitement, la volonté de tisser toutes les mémoires, y compris la mémoire militaire. Ne pas laisser la mémoire militaire en déshérence, ne serait-ce que parce que l'on s'adresse à des soldats que l'on va envoyer à un moment donné en opération.

Patrick Garcia, historien, professeur à l’université de Cergy-Pontoise, chercheur associé à l’Institut d’histoire du temps présent.
Patrick Garcia, historien, professeur à l’université de Cergy-Pontoise, chercheur associé à l’Institut d’histoire du temps présent. Crédits : Frédéric Says - Radio France

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