LE DIRECT

Peut-on faire de la politique sans "récupérer" ?

2 min
À retrouver dans l'émission

Quand on récupère la récupération...

La pratique est tellement ancrée dans la vie politique, elle lui est tellement consubstantielle, qu’on n’y fait jamais vraiment attention, et qu’on ne la questionne plus. Depuis la nuit des temps, en effet, les responsables politiques se voient quasi quotidiennement accusés d’opportunisme : que l’actualité soit porteuse de drames ou de contestations, ou bien qu’elle amène de grandes victoires ou de simples bonnes nouvelles, les gens de pouvoir sont permanemment suspectés de vouloir à tout prix “récupérer” les événements de l’actualité. À leur profit bien sûr.

François Mitterrand n’a pas initié la "marche des beurs" en 83, pas plus que Jacques Chirac n’a été champion du monde de foot en 98. Mais les deux ont su profiter, politiquement, de l’après.

De manière générale, l’engeance politique sait parfaitement se mettre, lorsqu’il le faut, à l’avant d’un cortège, jouer des coudes pour la photo, ou publier “vite fait bien fait” un communiqué pour “s’indigner” de telle situation, ou “se féliciter” de telle autre.

L’an dernier, François Hollande a été accusé de récupérer l’esprit du 11 janvier, et pas plus tard qu’hier : de profiter de l’actualité autour du terrorisme, pour recevoir les familles des victimes du 13 novembre, à l’Élysée.

Bien sûr, on lui aurait reproché de ne pas le faire

Mais qui découvre aujourd’hui la lune ? Qui fait semblant de croire ne serait-ce qu’un seul instant que la politique peut se faire en dehors du monde ?

Bien sûr que les politiques récupèrent, et vont continuer à récupérer tout ce qu’ils peuvent. Et oui : c’en est parfois gênant. On pense ce qu’on veut par exemple, de la récupération des symboles (la section du FN à Sciences-Po qui choisit de prendre le nom de Jean Moulin), ou de la récupération des manifs, contre la loi travail, il y a 15 jours.

Mais il y a quand même quelque chose de stupéfiant à voir les politiques eux-mêmes en faire des tonnes là-dessus, comme quand Eric Ciotti, en fin de semaine dernière, reproche à François Hollande de convoquer un conseil de défense, à la suite de l’arrestation de Salah Abdeslam. Pour le député des Alpes-Maritimes cela relevait de “l’habituelle récupération politicienne”.

Eric Ciotti, outre le fait qu’il a visiblement déjà oublié la glorieuse époque sarkozyste du “un fait divers une loi” ne se rend pas compte qu’en usant ainsi de trop de facilité, il n’élève pas le débat. Et que pire : il jette l’opprobre lui-même sur la classe politique, dans une sorte de démonstration par l’absurde.

Car il fait de la récupération de la récupération. Comme une mise en abîme qui abîme…

Chroniques

8H18
24 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Economie mondiale : quelles éruptions à venir ? (deuxième partie)
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......