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Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, le 15 septembre 2017.

Porte-parole : le pire métier du monde ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Éléments de langage, gaffes, rétropédalages... les difficultés de Christophe Castaner illustrent le casse-tête du rôle de porte-parole.

Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, le 15 septembre 2017.
Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, le 15 septembre 2017. Crédits : Ludovic Marin - AFP

"Top 20 des pires métiers du monde". Au fil de vos pérégrinations sur le web, vous êtes peut-être tombés sur ce genre d'articles. On trouve en général dans le haut du classement les douces professions de "garde statique à Buckingham Palace", "thanatopracteur" ou "nettoyeur de cage d'éléphants".

Mais il y a un absent dans la liste : le porte-parole du gouvernement.

Ah, quel plaisir de gourmet d'aller récurer des pachydermes, comparé à ce job qui consiste à expliquer sur les plateaux TV le dernier arbitrage sur la décimale de tel ou tel prélèvement...

Un homme personnalise ce calvaire : Christophe Castaner. Hier, il a annoncé la fin du glyphosate (un herbicide très contesté) en France pour 2022. Las, quelques minutes après, Matignon démentait. Et indiquait qu'aucune date n'était pour l'instant arrêtée.

Autre erreur : le porte-parole du gouvernement a évoqué une "remise au plat" du financement des syndicats. Une bombe. Dans le contexte actuel, cela revient à jeter une allumette près d'un gazoduc percé. Sueurs froides au ministère du Travail, qui a rapidement démenti. « Ce sujet a été réglé par la loi du 5 mars 2014 » sur le financement des syndicats via la formation professionnelle, a réagi l'entourage de Muriel Pénicaud.

Le cas de Christophe Castaner est intéressant parce qu'il symbolise la difficulté de l'expression politique à l'ère d'Emmanuel Macron. Avec un chef de l'État à la parole rare, le gouvernement doit se démultiplier sur les antennes. Avec un président qui s'en tient aux grandes orientations (la fameuse "vision"), le gouvernement doit entrer dans le détail. Et personne ne dispute la place à Christophe Castaner quand il s'agit des sujets les plus bancals.

Le macronisme se veut aussi un art de la communication, en rupture avec la sensation de flou des années Hollande. Il présente toutes les décisions comme l'application de promesses mûrement réfléchies, menées dans un but précis et à un rythme calculé.

Or, ce modèle se fracasse vite contre la réalité du métier politique. Au quotidien, le pouvoir consiste à répondre à des problèmes qui n'existaient pas il y a encore cinq minutes. À déminer des polémiques qui n'existeront plus dans 5 minutes. Chaque arbitrage est le fruit d'une série de débats, d'hypothèses, de calculs précaires. Qui aboutissent à une décision forcément imparfaite, fatalement insatisfaisante, finalement incomprise. Et Christophe Castaner est au milieu de tout cela.

Face aux intervieweurs, il doit paraître maîtriser les dossiers techniques aussi bien que chaque ministre dans son domaine, avoir réponse à tout. Et au besoin assommer son interlocuteur à coups massifs de langue de bois.

Quand le porte-parole tente de sortir de son costume rigide, le résultat n'est pas forcément mieux. Voici ce qu'avait dit Christophe Castaner, dans un sourire, interrogé par Konbini sur la visite de Rihanna à l'Élysée :

"Je n'ai même pas pu rencontrer Rihanna... mais finalement j’aurais été un peu déçu, sa tenue était peut-être un poil trop ample"

Il y a quelques jours, un savoureux portrait dans Libération permettait de mieux connaître cet ancien élu de terrain socialiste, gouailleur et méridional. Le profil parfait, loin du ton sur ton avec la politique suivie, parfois vue comme très technocrate, parisienne et élitiste. Même si le risque est de se laisser un peu trop emporter par ce rôle. Par exemple au moment de la polémique sur les "fainéants" :

"Je suis assez surpris qu'on préfère s'attacher uniquement à la question des fainéants. Est-ce que ce serait une insulte plus brutale que d'être extrémiste ? Moi, franchement peut-être parce que j'ai un tropisme du sud, je me dis que 'fainéant', c'est quelque chose qui sonne mieux" (interview sur Cnews). Les sudistes apprécieront.

À quoi peut rêver un porte-parole ? À forve de porter la parole des autres, d'assumer les couacs à leur place, peut-il se construire une individualité politique ?

Il y a quelques années, nous avions interrogé à ce sujet Benoît Hamon. C'était en 2011 et il était alors porte-parole du PS :

- On fait de la langue de bois pour ne pas avoir à répondre à la question, ça c'est extrêmement désagréable...

- Est-ce qu'il y a des moments où vous vous dites : c'est vraiment pénible comme job ?

- Oui. La plus difficile c'est dans un point presse : 20 micros se tendent, et le micro de "zozo.com" cohabite avec celui de Canal ou de France Inter. Et parfois, celui qui pose sa question le plus fort, c'est "zozo.com". Et tout le monde gardera ma réponse à "zozo.com".

Jean-Pierre Raffarin avait définit ainsi la fiche de poste avec son porte-parole : "les bonnes nouvelles, c'est pour moi, les emmerdes, c'est pour toi." On imagine sans peine que les porte-parole se prennent parfois à rêver d'une reconversion auprès des cages d'éléphant.

Frédéric Says

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