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Au sein des ministères, les cabinets seront désormais limités à dix membres.

Pour comprendre le "macronisme", il faut observer les cabinets ministériels

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Ce rouage discret mais essentiel en dit beaucoup plus sur la méthode Macron que la composition du gouvernement.

Au sein des ministères, les cabinets seront désormais limités à dix membres.
Au sein des ministères, les cabinets seront désormais limités à dix membres. Crédits : Joël Saget - AFP

Si l'on veut s'abstraire de l'anecdote et du buzz, si l'on veut examiner l'efficacité de l'action publique, alors il convient de s'intéresser (aussi) à ceux dont vous ne verrez pas les visages à la télévision. Ceux dont les photos de vacances ne seront pas publiées sur papier glacé. Ceux dont personne ne commentera la poignée de main qui s'éternise ou la cravate qui penche : je veux parler des membres des cabinets ministériels.

Au-delà de la vingtaine de ministres, ils sont un rouage essentiel et peu visible de la République - avec les directeurs d'administration : si l’État est une machine, alors ce sont eux qui la font tourner.

En la matière, Emmanuel Macron a déjà impulsé plusieurs changements, qui sont intéressants à examiner pour comprendre le macronisme, au moins en tant que méthode de gouvernement.

Il y a d'abord, et ce n'est pas étonnant, le subtil alliage droite-gauche-société civile.

Ainsi chez Gérard Collomb, au ministère de l'Intérieur, le directeur de cabinet est étiqueté à droite ; il est même l'ancien secrétaire général du ministère de l'immigration et de l'identité nationale sous Nicolas Sarkozy, comme nous l'apprend un article minutieux du Monde (abonnés). De même le directeur de cabinet du ministère de l'Education nationale a-t-il fait ses classes dans l'équipe du ministre Luc Chatel, là aussi sous Nicolas Sarkozy.

En revanche, au ministère des Armées, le directeur de cabinet lui est plutôt enrégimenté à gauche : il fut l'un des conseiller de Ségolène Royal en 2007.

D'autres, enfin, ne sont pas marqués politiquement, mais sont considérés comme de "purs spécialistes", c'est le cas de Marc Papinutti, directeur de cabinet de la ministre des Transports, ou d’Étienne Geffray au ministère de la Justice.

Mais ce n'est pas là le changement le plus important....

Non, le vrai changement réside dans une décision qui peut paraître purement comptable à première vue. Emmanuel Macron réduit considérablement les effectifs des cabinets ministériels. Désormais : chaque ministre n'aura droit qu'à dix collaborateurs.

Dix collaborateurs, cela fait peu, une fois qu'on a enlevé les postes indispensables : conseiller(e) parlementaire, conseiller(e) presse, chef(fe) de cabinet, directeur ou directrice de cabinet...

Concrètement, cela signifie que le ministre ne pourra plus s'entourer d'un conseiller pour chaque spécialité de son ministère (par exemple à Bercy : un conseiller fiscalité, un conseiller affaires européennes, un conseiller emploi, etc.)

Alors me direz-vous, comment vont-ils travailler ? Eh bien c'est là où l'on change de logique. Désormais, ce sont les directeurs des grandes administrations qui seront en prise directe avec les ministres.

Emmanuel Macron compte politiser la haute-fonction publique. La mesure est passée relativement inaperçue dans son programme, mais il va remettre en jeu les 250 postes administratifs les plus importants. Une sorte de "spoil system", comme on dit aux Etats-Unis, où les têtes de l'administration valsent avec les alternances.

C'est un changement de paradigme : jusqu'ici l'administration était censée être neutre politiquement, et présumée loyale au pouvoir politique ; les conseillers ministériels donnant l'impulsion et surveillant les dossiers. C'est désormais l'administration qui est responsabilisée. Dans les pays anglo-saxons, on appelle cela le "Strong committment", comme le rappelle un article de la revue Acteurs publics.

Qu'est-ce que cela veut dire en pratique ? Que les intermédiaires sont éliminés ou drastiquement réduits : le ministre se trouve désormais directement placé entre le couple exécutif d'un côté et l'administration de l'autre (dont les hauts cadres sont nommés par... l'exécutif).

Quelle marge de manœuvre reste-t-il aux ministres ?

Question essentielle, d'autant qu'il reste un point que nous n'avons pas évoqué (ce n'est pas l'absence de féminisation des cabinets, un grand classique).

Il s'agit d'une autre constante : le placement des fidèles au sein des cabinets. Jacques Chirac était le spécialiste incontesté de la discipline. Nommer des proches de l’Élysée dans tous les ministères... Parfois pour leurs qualités, parfois pour servir de relais aux ordres de la présidence, parfois pour lui rendre compte. Et souvent un mélange des trois.

Dans ce nouveaux gouvernement, deux anciennes cheffes de cabinet d'Emmanuel Macron sont nommées au même poste dans des ministères, à la Santé et à la Transition écologique. Selon Le Point, Emmanuel Macron a aussi tenté d'imposer un de ses proches pour diriger le cabinet du premier ministre ; Édouard Philippe a resisté.

Le nouveau chef de l’État ne peut guère le lui reprocher ; lui-même avait refusé toute emprise élyséenne quand il avait été nommé ministre de l’Économie en 2014.

Dans une scène captée dans un documentaire signé Yves Jeuland, on voit Jean-Pierre Jouyet (alors secrétaire général de l’Élysée) au téléphone avec Emmanuel Macron, juste après sa nomination. Il échoue à lui imposer un directeur de cabinet :

Un bon ministre est-il un ministre qui désobéit à l’Élysée pour la composition de son équipe ? A cette question, la réponse d'Emmanuel Macron aujourd'hui n'est sans doute pas la même qu'il y a trois ans.

Frédéric Says

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