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Pourquoi le 20 mars 2017 est une date importante

3 min
À retrouver dans l'émission

Ou ce qu'illustre le "débat à cinq candidats" proposé par TF1 avant le 1er tour...

C'est un coup de théâtre dans cette campagne qui n'en manquait pas : pour la première fois, un débat d'avant-premier tour va être organisé. Cinq candidats à la présidentielle vont s'affronter sur TF1, le 20 mars prochain. De gauche à droite : Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, François Fillon et Marine Le Pen.

Tous ont donné leur accord de principe pour cet exercice inédit, qui pose une série de questions.

D'abord, il interroge la spectacularisation de la vie politique. Sous pression des chaines d'infos en continu, plus mobiles, plus réactives, plus intrépides, les chaînes historiques ne peuvent plus vivre sur leurs rentes, et se doivent de faire des coups. Souvenez-vous, en 2007, BFM TV avait innové en organisant un débat d'entre-deux tours entre Ségolène Royal et François Bayrou (respectivement 2ème et le 3ème). Le début de la fin d'un monopole pour TF1 et France Télévisions.

Ce débat entre les cinq favoris, inimaginable il y a quelques années, doit aussi beaucoup à l'avènement des primaires. Primaire de gauche, primaire de droite : la joute de débatteurs (nombreux) derrière leur pupitre est devenu un classique. Et TF1 argumentera, à bon droit, qu'il serait paradoxal d'avoir fait débattre des candidats à la primaire globalement d'accord entre eux, et non pas les prétendants à la présidentielle qui portent des projets très différents.

Cette confrontation télévisée du "club des 5" pose aussi le problème de l'arbitraire... Qui peut juger que seuls cinq candidats méritent cette demi-finale télévisée, et non pas 4 ou 6 ? Le 20 mars, nous serons au lendemain des dépôts des parrainages par les candidats. En plus du conseil constitutionnel, TF1 accordera un brevet de légitimité à certains candidats.

La première chaine a expliqué avoir sélectionné les candidats au dessus de 10% dans les sondages. Hier Nicolas Dupont-Aignan a d'ailleurs saisi l'occasion pour faire parler de lui. Le candidat de Debout la France dénonce « un viol démocratique ». Le terme est fort, mais n'est-il pas douteux de sélectionner les candidats de la "ligue des champions" sur la base de sondages, après qu'ils ont montré tant de fois leurs limites (Brexit, Trump, Fillon...).

Enfin, la simple existence de ce "club des 5" dit quelque chose de notre vie politique. Bien sur, la philosophie du débat proposé par TF1 est limpide : donner à entendre aux Français les projets et les différences entre ceux qui peuvent mécaniquement accéder à l’Élysée en mai prochain.

Revenons en arrière et imaginons la même démarche lors des scrutins précédents. En 2007 par exemple, sur la foi des sondages, ce débat n'aurait réuni que Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et peut-être François Bayrou. En 2002 : Lionel Jospin, Jacques Chirac, éventuellement Jean-Marie Le Pen. En 1965, il n'aurait réuni que le général de Gaulle lui-même, tant il semblait improbable qu'il puisse être mis en ballotage.

Or, cette confrontation à cinq nous dit l'extraordinaire éclatement des voix. Derrière Marine Le Pen, quatre candidats sont en mesure d'obtenir entre 15 et 20%. Le tripartisme est mort, vive le quadripartisme (au moins).

Cela ne révèle pas uniquement l'extrême incertitude du scrutin qui vient. Cela met aussi en lumière les législatives de juin prochain, et dont on n'a pas encore mesuré, me semble-t-il, le caractère incertain.

Avec quatre à cinq forces politiques solides, comment imaginer une majorité claire à l'assemblée nationale ? Même si les législatives offrent traditionnellement une prime au parti du président tout juste élu, comment ne pas penser aux dizaines, voire aux centaines de triangulaires, de quadrangulaires ? Les conditions sont réunies pour une assemblée morcelée, qui rendrait nécessaire des coalitions entre partis pour atteindre la majorité absolue et faire voter les textes. Vous trouviez la présidentielle qui vient légèrement baignée d'incertitude ? Elle sera sans doute une promenade de santé par rapport aux législatives.

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