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A Brachay, lors de la rentrée politique de Marine Le Pen, le 9 septembre 2017.

Pourquoi le FN n'est pas mort

3 min
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Dissensions publiques, #couscousgate, doutes stratégiques : le parti frontiste a l'air au plus mal. Et pourtant...

A Brachay, lors de la rentrée politique de Marine Le Pen, le 9 septembre 2017.
A Brachay, lors de la rentrée politique de Marine Le Pen, le 9 septembre 2017. Crédits : François Nascimbeni - AFP

A première vue, la déliquescence n'est pas loin. Au FN, se succèdent les échec électoraux, les querelles de personnes, les disputes sur la ligne idéologique.

Sans oublier, ces dernières heures, le psychodrame loufoque autour d'un couscous posté sur les réseaux sociaux. Celui de Florian Philippot, qui dînait avec quelques proches dans un restaurant de Strasbourg.

Il n'en a pas fallu plus pour que des centaines de sympathisants d'extrême-droite lui reprochent ce plat bien mal choisi. Et révélateur, à les croire, d'un éloignement coupable de la doxa frontiste.

Ainsi donc, quelques graines de semoule et quelques retweets auront provoqué l'éclatement. Gilbert Collard s'empressant d'écrire qu'au moins avec du couscous dans la bouche, Florian Philippot évitait de parler.

A côté de ces échanges, la cour de récré passe pour un symposium distingué. Voici donc que le FN ajoute à la défaite le ridicule, et à la confrontation sourde, la division publique.

Le parti qui se présentait comme le "premier de France" ne peut désormais prétendre à ce titre que dans les pages "petites phrases politiques" des journaux.

Alors il est tentant de s'inscrire dans cette grande rigolade générale. D'observer les atermoiements d'un parti qui veut rétablir l'ordre en France mais qui n'y parvient pas en son sein.

Pourtant, cette image rassurante pour tous ceux qui combattent le FN est peut-être un peu trop rassurante justement.

En quoi ?

Prenons l'exemple d'un autre parti, il y a quelques années, en 2008. Le Parti socialiste est alors au bord de l'explosion. Une moitié du PS a choisi Martine Aubry, l'autre moitié Ségolène Royal ; on s'échange des accusations de fraude et des menaces de plaintes. C'est l'époque où l'on parle du grand cadavre à la renverse, les militants fuient, la ligne est floue, le socialisme français touche le fond. Quatre ans plus tard, la rue de Solférino exulte, rose à la main. C'est l'un des siens, François Hollande qui vient d'être porté à l’Élysée. Preuve qu'on n'est jamais mort en politique, l'adage vaut aussi bien pour les candidats que pour les partis.

Par ailleurs, le FN dispose d'une base électorale plus large que jamais. N'oublions pas que, malgré le naufrage télévisuel du débat d'entre-deux-tours, Marine Le Pen a tout même engrangé 10,6 millions de voix. N'oublions pas non plus que le Front national a failli diriger deux des plus grandes régions françaises. Seul un "barrage républicain" a contenu - de peu - l'afflux des voix frontistes.

Certes, le FN va tout de même continuer à traverser des turbulences. Au moins jusqu'au congrès de mars prochain, à Lille. Mais si le désordre est coûteux en termes d'image, il ne l'est pas sur le plan électoral : hormis les sénatoriales, il n'y a pas d'élections en France avant un an et demi.

Enfin, au delà des bataille d'influences, de leaders, ou de forme, le FN jouit d'un avantage structurel : le fond idéologique frontiste est l'exact antipode du macronisme.

L'un est protectionniste en économie, l'autre est libéral assumé. L'un mêle des conservateurs et des réactionnaires, l'autre se veut progressiste sur les sujets de société (cf la PMA). L'un évoque en permanence les questions de sécurité, l'autre se fait discret sur ce thème.

Bref, en cas d'échec d'Emmanuel Macron, rien ne dit que seul Jean-Luc Mélenchon en profiterait. Face au macronisme, le FN constitue un aimant contraire qui peut attirer à lui les électeurs déboussolés. Si toutefois s'achève la bataille par couscous interposés.

Frédéric Says

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