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Comment expliquer la différence de popularité entre les deux têtes de l'exécutif ?

Pourquoi les Premiers ministres sont-ils plus populaires que les présidents ?

3 min
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Edouard Philippe dépasse de 11 points Emmanuel Macron dans les sondages. Mais ce phénomène n'est pas né avec l'actuel couple exécutif.

Comment expliquer la différence de popularité entre les deux têtes de l'exécutif ?
Comment expliquer la différence de popularité entre les deux têtes de l'exécutif ? Crédits : Charles Platiau - AFP

Si vous êtes de ceux que la litanie des sondages d'opinion agace, vous n'êtes pas seuls. Et l'examen au microscope des variations quotidiennes est dépourvu d'intérêts et de signification, étant donnés les aléas statistiques.  

Pourtant, si l'on prend du recul, et que l'on regarde la tendance de long terme, il reste un enseignement singulier sur lequel il n'est pas vain de s'interroger.  

Pourquoi Edouard Philippe, le Premier ministre, est-il systématiquement plus populaire qu'Emmanuel Macron dans ces enquêtes ?  

11 points séparent le chef du gouvernement du président, selon la dernière enquête Odoxa.  

Pour l'expliquer, on pourrait évoquer le style des deux hommes. La sobriété et la précision du Premier ministre correspondent sans doute plus à l'état d'esprit du pays, angoissé et inquiet, que le lyrisme exalté que démontre parfois le chef de l’État.  

Mais ramener cette différence de popularité à une question de style, même si elle existe, est insuffisant.  

Car il s'agit d'une tendance plus profonde. 

Un phénomène auquel on assiste depuis trois quinquennats.  

A Matignon, François Fillon recueillait davantage d'opinions positives que Nicolas Sarkozy.  

Manuel Valls fut toujours au dessus de François Hollande dans les enquêtes.  

Et Edouard Philippe fait donc mieux qu'Emmanuel Macron.  

Il y a  là quelque chose de structurel, qui doit nous interroger.  

Qui doit nous interroger, d'autant plus, que cela va à l'encontre de la logique de la Vème république. 

Logique où le Premier ministre est censé servir de fusible au président, éponger l'impopularité, qui va avec l'acte de gouverner ; tandis que le chef de l'état est censé incarner la nation et lui offrir un cap.  

Alors comment l'expliquer ?  

D'abord parce que le chef de l’État est désormais obligé de s'impliquer davantage et donc de prendre plus de risques.  

Le temps est révolu, où il pouvait s'abriter tel le sphinx dans son bureau, immobile et muet, économe de sa parole et de son exposition, à la Mitterrand, voire à la Chirac.  

L'actualité qui tambourine sur les chaînes d'info et les réseaux sociaux provoque l'accélération de la vie politique.  

A tel point qu'une absence de quelques jours suscite immédiatement la question : « mais que fait donc le président ? », comme on disait jadis « mais que fait la police ? ».  

Par ailleurs, les campagnes électorales sont davantage centrées sur des personnalités, plutôt que sur des partis et des corpus d'idées. Il est donc normal que la personnalité en question, une fois élue, se voit demander des comptes.  

Le raisonnement est encore plus vrai pour Emmanuel Macron, candidat ex-nihilo, fondateur de son mouvement. Il est perçu, forcément, comme responsable de tout.  

Et peut-être même de trop. Ainsi, tout le monde a oublié que l'une des causes du mouvement des gilets jaunes, c'était l'abaissement de la vitesse à 80 kilomètres/heure, souhaité par un certain Edouard Philippe... quand l'Elysée n'était guère convaincu.  

Il faudra s'interroger aussi sur le rôle des partis - ce sera l'objet d'un prochain billet politique.

Dernière explication : l'inversion du calendrier électoral.  

Depuis 2002, on élit d'abord le président puis on vote pour les députés. Les seconds dépendent donc du premier. Et profitent de son élan politique.  

Résultat : le chef d’État est la clé de voûte de la majorité. Ce qui suppose de supporter un poids, un poids lourd, celui de l'impopularité.  

Frédéric Says

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