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Jacques Chirac le 19 mai 2001, à Mayotte.

Présidentielle : pourquoi les Outre-mer sont essentiels...

4 min
À retrouver dans l'émission

... Et donc très courtisés par les candidats.

Jacques Chirac le 19 mai 2001, à Mayotte.
Jacques Chirac le 19 mai 2001, à Mayotte. Crédits : Philippe Desmaze - AFP

François Fillon est revenu cette nuit d’une visite de trois jours sur l’île de la Réunion. Si le candidat de droite a fait le voyage, ce n’est pas uniquement pour faire de belles images, que vous avez sans doute vues - danse et dégustation de rhum. Ce n’est pas non plus uniquement pour fuir le "microcosme parisien" – le mot est de lui – et les affaires gênantes – le mot est de nous. Non, si François Fillon fait le déplacement (et que l’ensemble des candidats l’a précédé ou va lui succéder), c’est parce que l’Outre-mer constitue un enjeu électoral déterminant. Et sous-estimé.

Les chiffres, d'abord. Pas moins de 1,6 millions d'électeurs en outre-mer. Ou plutôt dans "les" Outre-mer, sur 11 territoires, du Pacifique à l’océan indien, en passant par le voisinage du Canada avec Saint-Pierre et Miquelon.

1,6 million d'électeurs, cela représente 4 à 5 points au premier tour d'une présidentielle. Pour mémoire, en 2002 Lionel Jospin avait été éliminé pour seulement 200 000 voix.

Il suffit d'observer les sondages serrés de la campagne en cours pour comprendre l’enjeu de ce million 600 000 voix. Les stratèges des candidats y ajoutent parfois les électeurs de métropole originaires des outre-mer, et obtiennent en tout 7% des inscrits sur les listes. Loin des yeux, mais pas loin du corps électoral.

Quand on prend conscience de cela, on note d'ailleurs au passage le décalage entre l'importance numérique de cette partie de la République et la faiblesse de l’intérêt médiatique pour ses enjeux.

Les candidats eux l’ont bien compris…

Et ils se bousculent, au point de sembler redécouvrir les Outre-mer tous les cinq ans. Les candidats se pressent d’autant plus dans ces territoires qu’aucun vote n’y est acquis. Ça n'a pas été toujours le cas : dans les années 50 - 60, les Outre-mer représentaient des réservoirs de voix garantis pour le pouvoir gaulliste. En 1965, le général de Gaulle recueille ainsi 89% des voix en Martinique, 87% en Guadeloupe, 68% en Guyane.

C’est beaucoup moins vrai depuis une vingtaine d’années. En 2007, les Outre-mer ont élu Ségolène Royal. En 2012, François Hollande. Même s'il faut nuancer : les Antilles et la Réunion choisissent plutôt la gauche, Mayotte et la Nouvelle-Calédonie plutôt la droite. Mais rien n'est figé.

L'enjeu pour les candidats est bien sûr de stimuler la participation, souvent moins forte qu'en Métropole. Il est vrai que pendant longtemps, à cause du décalage horaire, certaines régions d'Outre-mer votaient alors que le résultat était déjà connu. Depuis 2007, les Antilles, la Polynésie, Saint-Pierre et Miquelon, la Guyane votent le samedi, avec un jour d'avance.

Autre constante : la prime au légitimisme...

A l’inverse de l’hexagone, les Outre-mer donnent une prime aux grands partis, et notamment aux sortants. Cela peut s’expliquer de deux manières : d'abord par l'importance des réseaux locaux, souvent beaucoup prégnants, plus structurés que dans l'hexagone. Héritage, sans doute, des baronnies locales : Michel Debré à la Réunion, Jacques Lafleur en Nouvelle-Calédonie, Gaston Flosse en Polynésie. «Les consignes de vote sont essentielles. Le poids des maires, notamment, y est très fort", explique Yvan Combeau, professeur d’histoire contemporaine à l’université de la Réunion et auteur du livre Le Vote de l’outre-mer.

Mais ce légitimisme s'explique aussi plus prosaïquement : n'est-il pas la conséquence des nombreuses visites ministérielles et gouvernementales ? Des pré-campagnes électorales qui ne disent pas leur nom. François Hollande avait ainsi promis de se rendre dans tous les territoires d’Outre-mer au cours de son mandat, ce qu'il a fait.

Même mécanisme pour Manuel Valls, qui a – et ça a été peu noté – très largement remporté la primaire de gauche dans les Outre-mer face à Benoît Hamon. Le relevé de ses scores épouse d’ailleurs quasi parfaitement la carte de ses déplacements sur place en tant que premier ministre.

Voici donc pourquoi François Fillon soigne ce type de déplacements : il prend le temps, écoute et n'arrive pas les mains vides. A la Réunion, il a notamment annoncé que sa proposition de suppression de 500 000 fonctionnaires, dans un premier temps, ne concernerait pas les Outre-mer. Ces territoires, dont on parle peu dans les analyses électorales, représentent l'équivalent des Swing states (les "Etats en balance") aux États-Unis : ils ne font pas l’élection mais peuvent la défaire.

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