LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, le 18 décembre 2013.

Primaire à gauche : l'embouteillage des candidatures

4 min
À retrouver dans l'émission

Comment expliquer cet attrait pour une défaite annoncée ?

Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, le 18 décembre 2013.
Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, le 18 décembre 2013. Crédits : Nicolas Kovarik - AFP

Faudra-t-il mettre en place une circulation alternée pour les candidats ? La route vers cette primaire paraît singulièrement bouchée : Vincent Peillon, l’ancien ministre de l’Education nationale, s’ajoute donc à Manuel Valls, Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon. Dans la course également, Sylvia Pinel, Gérard Filoche, Marie-Noëlle Lienemann, tout comme François de Rugy et Jean-Luc Benhamias. Enfin, Pierre Larrouturou et le chevènementiste Bastien Faudot ont fait acte de candidature, même s’ils ne devraient pas avoir les parrainages nécessaires (leur parti n'appartient pas à la "Belle alliance populaire"). Au total, neuf prétendants - si la liste ne s’allonge pas encore jusqu’au 15 décembre. Au risque du trop plein, d’une forme d’illisibilité politique.

Crédits : Visactu

Comment l'expliquer ? La bataille peut se voir sous divers angles : il y a évidemment l’affrontement de lignes politiques. Valls – Montebourg, par exemple, le "social-libéral contre le démondialisateur", comme le résument les caricatures un peu rapides. Mais cette primaire est aussi celle d’une génération au PS. Une génération qui n’en peut plus d’attendre. Des quinquagénaires à qui l’on a promis naguère un destin de jeunes premiers. Écoutez ce que disait Arnaud Montebourg il y a déjà neuf ans, au soir des législatives de 2007 :

Écouter
15 sec
Billet politique - Montebourg, "le temps des jeunes lions"

Mais les éléphants ont tenu bon. Et les jeunes premiers ont vieilli, obstrués par la génération du dessus : François Hollande, bien sûr, mais aussi Ségolène Royal ou Jean-Marc Ayrault. Le journal Libération avait titré son portrait de Benoît Hamon « le jeune pousse »… Et cette génération qui n’a pas réussi à déloger ses aînés s’est déchirée entre elle, faute de mieux. En 2002, Montebourg, Hamon, et Peillon formaient pourtant un trio de rénovateurs, à la tête du courant NPS (Nouveau parti socialiste). Ils se sont ensuite perdus en manœuvre de congrès et en aventures personnelles.

Manuel Valls lui aussi a tenté d'attraper un peu de lumière dans l’ombre des pachydermes. En habile partisan du contre-pied dont raffole la presse, il a plaidé pour le non au référendum sur la Constitution européenne, avant de se raviser ; il a bousculé la doxa économique du Parti. Et il a soutenu Ségolène Royal au funeste Congrès de Reims. Manuel Valls y avait d’ailleurs eu cette phrase qui parait a posteriori prophétique : « il était temps que François Hollande s’en aille » (il parlait à l’époque du poste de premier secrétaire).

Cette génération s’est parfois retrouvée. Face à ses aînés. C’est ainsi que Valls, Hamon et Montebourg, devenus ministres de François Hollande, ont comploté pour éjecter Jean-Marc Ayrault de Matignon : ils avaient baptisé leur opération "Narvik", du nom d’une bataille des alliés pour couper l’approvisionnement en fer de l’Allemagne en 1940. Cela donne une idée de l’ambiance.

Dans la vie politique en général et au PS en particulier, après 50 ans on reste un jeune espoir. Cette primaire est un solde de tout comptes pour une génération qui a été empêchée d’éclore.

Mais au-delà comment comprendre cet attrait pour une défaite annoncée ? Cet enthousiasme pour un scrutin, sur fond de déprime, qui risque fortement de faire pâle figure après les 4 millions de votants à droite ? L’affluence de candidatures, dans bien des cas, traduit une bonne santé démocratique ; elle est ici un symptôme de décomposition, le cadavre est presque à la renverse et chacun vient s’y nourrir.

Au travers de cette primaire, c'est enfin l’après-2017 qui se joue. Il s’agit d’occuper les murs de la vieille maison socialiste pour ensuite en refaire l’agencement à son goût. Les absents ont souvent tort, et ils n’auront guère leur mot à dire pour rebâtir le PS (dont on peut estimer sans trop s’avancer qu’il ne sera pas dans un état optimal en juin 2017). Il y a bien sûr aussi chez les candidats moins en vue l’attrait du quart de gloire médiatique, de la fenêtre d’exposition. L’obsession de l'après-2017 explique les appels du pied répétés à Mélenchon et Macron, pour qu’ils joignent à la primaire. Appels lancés par Jean-Christophe Cambadélis, le patron du PS, sans illusions sur les réponses. Mais il faut pouvoir leur faire porter ensuite le chapeau de la bérézina, avant le grand chantier de la reconstruction à gauche que chacun anticipe déjà.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......