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Un bureau de vote de la primaire citoyenne, le 22 janvier 2017.

Primaires citoyennes, vieux démons et captures d'écran

4 min
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Accumulées, les irrégularités et les bizarreries autour du vote du premier tour jettent une ombre sur la sincérité du scrutin.

Un bureau de vote de la primaire citoyenne, le 22 janvier 2017.
Un bureau de vote de la primaire citoyenne, le 22 janvier 2017. Crédits : Geoffroy Van Der Hasselt - AFP

Ces derniers temps, le Parti socialiste a souvent été comparé au Titanic. Mais pour que l'analogie soit exacte, il aurait fallu que l'équipage du navire ait consciencieusement donné des coups de pioche dans la coque en même temps que le bateau coulait...

Car comment comprendre autrement les bidouillages qui ont entaché cette primaire ? On reste fasciné devant une telle capacité d'autodestruction, au moment où ce vote était censé re-légitimer le candidat d'un parti mal en point.

Voici l'affaire résumée d'un mot, si vous avez préféré éteindre les infos pour garder un semblant de foi en la démocratie :

Dimanche soir, le président de la Haute autorité pour la primaire évoque une participation qui sera proche des "2 millions d'électeurs". En tout cas "plus proche que du million et demi".

Dans la nuit, les compteurs disparaissent du site officiel de la primaire.

Au matin, ils réapparaissent et affichent moins d'1 million 300 000 votants.

A 10 heures, un nouveau décompte est publié, il totalise cette fois 1,6 million d'électeurs. Le problème, c'est que les 350 000 voix supplémentaires n'ont pas fait bouger d'un pouce les pourcentages des candidats. Ce qui est statistiquement hautement improbable, pour ne pas dire, sur de telles masses, impossible. Interrogé par Libération, Christophe Borgel, l'organisateur de la primaire se défend en affirmant qu'il y a eu un "bug".

Entre temps, on s'aperçoit aussi qu'il manque des voix : si l'on additionne les bulletins de tous les candidats plus les nuls et les blancs, il y a une différence de 160 voix avec le total affiché par la haute autorité.

Bizarrement, après que cette anomalie a été relevée - notamment par Libération -, les décomptes publiés sur le site sont légèrement modifiés : ces 160 voix sont rajoutées - Dieu sait pourquoi - à la candidate Sylvia Pinel. Pour le moins curieux, ce vilain bug qui replâtre les chiffres au rythme des révélations de la presse.

Soyons clairs : à moins que les services russes, en mal de distraction, aient décidé de pirater la primaire de la Belle alliance populaire, se pose la question d'une manipulation électorale destinée à gonfler le nombre de votants.

Et ce ne sont pas les seuls faits litigieux...

Dernier épisode hier soir : le nombre de votants est à nouveau redescendu à 1 million 597 000. Le président de la Haute autorité Thomas Clay s'est expliqué au Monde (article réservé aux abonnés) : il indique qu' "à un moment, une information a été donnée sur un chiffre antérieur présenté comme postérieur". Si quelqu'un a compris, c'est sans doute qu'il a mal expliqué. Ajoutons à cela que le PS a refusé de communiquer les résultats détaillés aux journaux - notamment au Monde, qui a pour habitude d'imprimer un cahier avec les résultats. Ajoutons encore que dimanche soir au siège du PS, les représentants des candidats n'ont pas eu accès à la base de données des résultats, au motif qu'il y avait "une panne". Information révéle ce matin le Parisien-aujourd'hui en France.

Tout cet épisode (si l'on est charitable) illustre une probité relative couplée à une grande naïveté. A l'heure où tout est archivé en ligne, où les captures d'écran immortalisent chaque modification sur une page, où les tweets en prolongent la postérité... croire que l'on peut mener ces petits bidouillages statistiques dignes d'une élection ratée de syndicalisme étudiant relève d'une bêtise confondante. Cette naïveté en dit peut-être encore plus long sur ses auteurs que la malhonnêteté du procédé.

On croyait ces pratiques révolues, qui renvoient aux vieux congrès verrouillés du passé. En voyant s'affronter quatre figures expérimentées du PS, on avait suggéré que la primaire ressemblait à un congrès socialiste ; on ne pensait pas que le réalisme serait poussé à ce point.

La droite avait connu un drame de même acabit en 2012, où des triches manifestes avaient entaché le duel Copé-Fillon pour la tête de l'UMP. C'est aussi pour cela que la droite devait impérativement réussir sa primaire de l'automne dernier, qui fut parfaitement transparente.

C'est aussi pour cela que la gauche, en 2011, devait réussir sa propre primaire, car elle faisait suite au désastreux congrès de Reims, où les comptages suspects n'avaient pas permis de départager Ségolène Royal et Martine Aubry.

Finalement, quand les scrutins sont exemplaires, c'est souvent parce qu'ils succèdent à des votes parfaitement ratés ; on efface l'ardoise, on reprend à zéro. Puis reviennent les vieilles pratiques. Si l'on croit ce théorème, la primaire socialiste de 2022 devrait être l'élection la plus honnête jamais organisée. Si toutefois le parti existe encore, malgré son aptitude à l'auto-destruction.

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