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Les présidents de régions, réunis le 28 septembre 2017 à Orléans.

"Provinces unies, tous contre Paris"

4 min
À retrouver dans l'émission

Après les clivages "droite-gauche" et "ouverture-repli", voici venu le temps de l'opposition "Paris-Régions".

Les présidents de régions, réunis le 28 septembre 2017 à Orléans.
Les présidents de régions, réunis le 28 septembre 2017 à Orléans. Crédits : Guillaume Souvant - AFP

Comment s'opposer à Emmanuel Macron ? L'opposition de droite cherche la martingale. Sur le terrain économique ? Impossible : LR plaide depuis des années pour les réformes qui sont conduites aujourd'hui. Sur le terrain sécuritaire ? Guère plus de succès. Les Républicains dénoncent certes le "laxisme" de la nouvelle loi anti-terroriste, sans convaincre grand-monde.

Alors un nouvel axe d'opposition a émergé la semaine dernière, et il semble le plus porteur.

Jeudi, tous les présidents de région ont claqué la porte au nez du gouvernement. Ils ont rompu les négociations budgétaires, agacés par les restrictions que leur impose l’État... ou plutôt que leur impose "Paris", comme ils disent avec un brin de dégoût à la bouche.

Voilà donc le nouveau clivage : face à un président décrit comme l'homme des élites parisiennes et technocratiques, l'opposition revêt l'habit de la proximité, du bon sens et de l'action de terrain. Ils sont aidés en cela par la tendance naturelle d'Emmanuel Macron, qui n'est pas spécialement désireux de partager le pouvoir avec les collectivités.

Ainsi, pour la première fois depuis deux décennies, aucune grande loi de décentralisation ne figure au programme. Le mot ne figurait même pas dans son projet présidentiel...

Pire - ou mieux selon les points de vue - on peut même parler de volonté de re-centralisation, illustrée par la fin de la taxe d'habitation qui finançait les collectivités.

Bien sûr, cette opposition Paris/régions n'a rien d'inédit. La bataille entre les grands féodaux et le pouvoir central est un classique historique. La révolution, "c'est la victoire de la France sur l'Europe et de Paris sur la France", écrit Hugo dans Quatre-vingt-treize.

Mais cette guerre entre la capitale et les "territoires", (comme l'ont dit par euphémisme), a retrouvé une vigueur nouvelle. Pour deux raisons.

D'abord, la réforme de François Hollande a crée des vastes territoires capables de s'opposer à Paris. Qui connaissait le nom des patrons des ex-22 régions ? Ramenées à 13, elles disposent de grandes administrations et de budgets importants (l'équivalent du budget du ministère de l'Agriculture).

Par ailleurs, la vague bleue des élections de 2015 a mis des ténors de la droite à la tête de ces grands fiefs : Xavier Bertrand dans les hauts de France, Valérie Pécresse en Île de France, Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes, Renaud Muselier en PACA... Nos régions ont des talents (de droite).

Mais cette stratégie, qu'on pourrait résumer par « Provinces unies, tous contre Paris » fonctionne pour une autre raison.

Pas simplement parce que les responsables régionaux seraient par nature plus avides de proximité, plus altruistes, moins élitistes... (Laurent Wauquiez, né à Lyon, biberonné au Lycée Henri IV à Paris, à l'ENA, l'ENS, n'est pas forcément l'incarnation de la France profonde.)

Non, si ce discours prend, c'est aussi parce que la région, l'identité régionale, ont le vent en poupe. Au moment où l'identité européenne est en berne, où l'identité française soumise à débats et polémiques, seule la région semble conférer une forme d'identité socialement non risquée, un cadre rassurant de traditions et d'appartenance locale.

Sans aller jusqu'à l'exemple catalan, peut-être avez-vous suivi tout récemment l'affaire de ce prénom refusé par l'Etat en Bretagne, Fañch. Refusé car il contient un tilde, c'est-à-dire un accent sur le "n". Une lettre utilisée en Breton, mais pas en Français. Les parents ont donc saisi les tribunaux pour obtenir ce droit. Une revendication régionaliste, quasiment un mini-réferendum local et individuel. Dans les Bouches-du-Rhône, la justice a refusé qu'un petit garçon s'appelle... Marseille. De même, il y a quelques années, le gouvernement avait été obligé d'autoriser les logos des régions sur les plaques d'immatriculation, suite à une fronde relayée par de nombreux parlementaires. Le fait régional est en plein essor.

Après tout, le mouvement des régionalismes parcourt toute l'Europe, pourquoi ne serait-il pas présent en France ? Les responsables politiques régionaux l'ont bien compris, eux qui utilisent cette défiance envers Paris, ces tentations identitaires, pour peser dans le rapport de force. Sans oublier d'en faire un tremplin politique. D'où le paradoxe de cette posture. Ces barons jouent sur la corde régionale contre "la capitale"... avec le secret espoir que ça les porte un jour jusqu'à Paris.

Frédéric Says

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