LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Quadripartisme : vers une France ingouvernable ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Quatre candidats se tiennent en quelques points, autour de 20%. Le futur président pourra-t-il diriger un pays coupé en quatre ?

Peut-être vous souvenez-vous de cette phrase de Coluche, éphèmère candidat à la présidentielle : « avant la France était coupée en deux, avec moi elle sera pliée en quatre ». C’est aujourd’hui l’inverse. La France n’est pas pliée, difficile de rire en cette fin de campagne où l’invective a pris le pas sur les débats. En revanche, elle est bien coupée, non plus en deux, mais en quatre. Quatre offres politiques qui sont autour des 20 points dans les études d'opinion, marge d’erreur comprise : Mélenchon, Macron, Fillon, Le Pen.

Une observation, par parenthèse : dans cette dernière ligne droite, même les plus résolus adversaires des sondages, les plus sceptiques, les plus critiques, ne manquent pas une occasion de les diffuser quand ils leur sont favorables. On pourrait donc, à cette aune, inventer une nouvelle définition au mot "sondage" : nom masculin. Définit une fumisterie absolue sauf quand votre camp y est en hausse.

Revenons à cette France coupée en quatre forces politiques en position de se qualifier pour le 2ème tour.

Il y aura forcément deux déçus, ce qui rend l’entre-deux tours complètement incertain…

Comment ne pas imaginer, effectivement, les gueules bois collectives dans deux des quatre camps au soir du premier tour ? Gueules de bois après l’ivresse de la campagne, des sondages, des illusions numériques - où chacun, dans la bulle de ses réseaux sociaux, voit le candidat qu’il soutient forcément magnifié, adulé, par définition meilleur que les autres.

Forte gueule de bois pour deux camps donc, et ce d’autant plus si les scores sont aussi serrés que l’annoncent les études d’opinion. Cela ouvrirait la voie à des contestations, des recours, pourquoi pas des recomptes. Vers quel climat politique s’oriente-t-on dans l’entre-deux tours ? Au minimum, les déçus des deux camps éliminés - si près du but - auront la tentation de se mettre aux abonnés absents. Pas simplement par esprit de revanche, pas uniquement par bouderie de mauvais perdants. Mais sur des fondements idéologiques. On en parlait ici même, les quatre favoris représentent des offres politiques absolument dissemblables, quasiment un cas d’école pour établir quatre points cardinaux des projets politiques.

Il y a trente ans, quand l’UDF perdait au premier tour, elle pouvait appeler sans trop de mal à voter RPR. Idem pour les communistes avec François Mitterrand. Mais quoi de commun entre le modèle de société de Jean-Luc Mélenchon et celui d'Emmanuel Macron ? Entre la posture anti-libérale de Marine Le Pen et les remèdes thatchériens de François Fillon ?

Allons plus loin : comment imaginer un barrage républicain en faveur de Fillon, après que ses compétiteurs de gauche et du centre ont répété qu’il était disqualifié moralement ?

On peut s’en désoler ou s’en réjouir : le président élu aura dans tous les cas de figures une assise politique faible, et donc une légitimité incertaine. Il nous revient cette phrase prononcée à l'Assemblée, dans les années 1980, par le socialiste André Laignel en direction de ses adversaires : "vous avez juridiquement tort puisque vous êtes politiquement minoritaire". Dans cette France coupée en quatre, qui pourra prétendre être politiquement majoritaire ?

Chroniques
8H19
18 min
L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
“Liberté, Égalité, Identité ?” (2ème partie)
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......