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Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, le 1er mai 2017.

Quand le Front national se met à la motion de synthèse...

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Il ne cessait de proclamer son mépris pour les "tambouilles politiciennes". Mais ces derniers jours, le FN savoure assidûment le fumet des arrières-cuisines électorales...

Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, le 1er mai 2017.
Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, le 1er mai 2017. Crédits : Antonio Borga - AFP

Il se revendiquait comme un parti neuf, loin des petites tambouilles politiciennes. Mais ces derniers jours, le FN savoure pourtant assidûment le fumet des arrières-cuisines électorales. Exemple : la réécriture d'une partie du programme, sur fond d'accord avec Nicolas Dupont-Aignan.

Prenons le chapitre sur l'euro. La version initiale (celle d'avant le premier tour) visait à retrouver la "souveraineté monétaire". Autrement dit, la fin de l'euro comme monnaie nationale. "C'est un point essentiel", disait Marine Le Pen, chez nos confrères d'Europe 1 le 27 mars dernier :

"[Si les Français rejettent la sortie de l'euro par référendum] je partirai, car (...) à peu près 70% de mon projet ne pourrait pas être mis en œuvre".

Sauf qu'entre temps, les négociations avec Dupont-Aignan sont passées par là. Le nouvelle version du texte est beaucoup plus floue : la fin de la monnaie unique "n'est pas un préalable", est-il indiqué dans cet accord de gouvernement. On imagine Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan - ou leurs émissaires - négocier la place de chaque virgule, remplacer un indicatif par un conditionnel, émousser un verbe trop saillant... Bref, le FN, auto-proclamé parti du refus des compromis et des compromissions, semble s'être adonné à l'exercice de motion de synthèse. C'est-à-dire à la réécriture d'un texte jusqu'à ce qu'il soit assez vague pour convenir à tout le monde. A côté, les négociations nocturnes de fin de congrès entre les courants du PS passeraient presque pour des modèles de clarté et de transparence.

Certes, l'avantage de ces motions de synthèse, c'est que chaque sensibilité politique s'y retrouve, puisqu'elle peut y lire ce qu'elle a envie d'y lire. C'est vrai... mais le problème vient ensuite, quand il faut expliquer ce qu'on a compris.

Autre exemple, à propos d'un éventuel accord entre le FN et Debout la France au sujet des législatives...

Oui car le pacte Le Pen–Dupont-Aignan, outre quelques circonlocutions programmatiques, comporte un accord électoral pour les législatives du mois de juin. Enfin... là encore, c'est comme après une bonne motion de synthèse, personne n'a vraiment saisi la même chose :

"Oui, il y a un accord", explique Nicolas Dupont-Aignan : 50 circonscriptions seront laissées libres par le FN en faveur de Debout la France.

"Non, il n'y a eu aucune discussion sur ce sujet", assure le secrétaire général adjoint du Front national, Jean-Lin Lacapelle. Alors qui croire ?

En réalité, au FN, avoir des alliés, c'est une nouveauté... Le parti découvre qu'il faut donc parfois composer. Jusqu'ici, la culture du chef, l'écrasement des courants derrière la ligne majoritaire (unique ?) avait privé le parti de ces bonheurs simples sur un coin de table.

S'il y a une banalisation du Front national, elle est peut-être moins dans ses idées que dans ses pratiques : il sera désormais difficile pour lui de dénigrer "le système des partis politiques et ses tambouilles".

En l'espèce, il est donc urgent de convoquer la grand-mère de Martine Aubry, dont le proverbe semble taillé pour ce cas précis : « quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup ».

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