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Que peut changer le Brexit à la campagne présidentielle française ?

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Le référendum britannique va peser sur le débat pour 2017.

Matteo Renzi, le président du conseil italien, a eu cette phrase pour résumer l'Union européenne telle qu'elle va :«Si l’Europe m’explique dans le détail comment on doit pêcher l’espadon mais qu’elle ne me dit rien sur la manière de sauver un immigrant qui se noie, alors cela veut dire que quelque chose ne va pas ».Il est l'un des rares dirigeants à priori favorable à l'UE à avoir synthétisé ainsi ses failles, c'était en 2014.

Juste après l'annonce du Brexit, vendredi, François Hollande a emprunté un ton similaire qu'on ne lui connaissait guère jusqu'ici, accusant entre les lignes l'Europe de vouloir s'occuper de tout, de toujours préférer les procédures aux projets. Les deux hommes se rencontrent d'ailleurs ce soir à Berlin autour d'Angela Merkel.

Et cela annonce la campagne qui vient. Le Brexit, ce coup de poing démocratique fait sortir la question européenne de son apathie, et surtout de sa virtualité. Oui, l'Europe peut se déconstruire, elle n'est pas irréversible.

Ce résultat oblige les futurs candidats. Il les oblige à sortir de la théorie sur l'Europe. Les slogans faciles de type : « l'Europe c'est la paix », ne suffisent plus. Ce résultat les oblige à entrer dans le détail, à expliquer comment ils comptent remettre d'aplomb cette Union Européenne, semblable à la voiture de Bourvil, qui tombe en morceaux ( et qui forcément, risque de beaucoup moins bien marcher maintenant).

Chaque parti, chaque candidat va donc être contraint de préciser sa position...

Et c'en est fini des prospectus de campagne, où la question européenne était au mieux reléguée en bas à droite en petit caractère, quasiment dans les mentions légales.

Au PS, d'abord un aggiornamento est inévitable. Le parti s'est enferré dans la procrastination intellectuelle sur la question : souvenez-vous de ses arguments pour faire adopter Maastricht : l'Europe du marché permettra demain l'Europe sociale. Ce fut une promesse vaine, du même type que celle de François Hollande qui devait renégocier le traité européen, et qui obtint un simple addendum.

En 2017, la droite doit abandonner la posture de Janus  : massivement favorable au traité constitutionnel européen en 2005, elle garde un fort courant post-séguiniste, qui réclame l'Europe des Nations, fondée sur des partenariats plus que pour l'intégration.

Cette ambiguïté risque de profiter au Front national : parti le plus hostile à Bruxelles, le Brexit lui donne des ailes, attention, seulement dans un premier temps : car les conditions concrètes de ce Brexit pour le Royaume Uni : par exemple éventuelle perte de croissance, marginalisation politique, implosion intérieure avec l'Ecosse ou l'Irlande, risque de se retourner in fine contre la rhétorique de Marine Le Pen.

Jean-Luc Mélenchon lui veut sortir des traités européens, sans dire s'il veut quitter l'euro... C'est un peu comme devenir végétarien et aller chercher ses frites au fast-food. Enfin, les Verts et le centre, les partis réputés les plus fédéralistes, ont un autre défi : ils devront convaincre que la défiance globale pour l'Union européenne se soigne par plus d'union et plus d'Europe.

Une esquisse du débat à venir a été offerte ce week-end par la réunion des six ministres des affaires étrangères pays fondateurs. Tout un symbole : en se réunissant à 6 pour relancer l'Europe des 27, ils ont paradoxalement acté le dépassement de cette dernière.

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L'Invité des Matins (2ème partie)

Europe : le retour du peuple ou du populisme ? (deuxième partie)
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