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Le salon Murat, à l'Elysée, où se déroule le conseil des ministres.

Qu'est-ce qui est petit, politique et qui revient à la mode tous les cinq ans ?

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Réponse : un "gouvernement resserré". Inusable promesse de campagne. Que traduit-elle ?

Le salon Murat, à l'Elysée, où se déroule le conseil des ministres.
Le salon Murat, à l'Elysée, où se déroule le conseil des ministres. Crédits : Patrick Kovarik - AFP

Qu'est ce qui est petit, politique et qui revient tous les cinq ans ? Réponse : un "gouvernement resserré". Inusable promesse de campagne présidentielle. Un gouvernement "slim", encore promu ces derniers jours par deux candidats à la magistrature suprême :

"Je constituerai un gouvernement de quinze membres maximum." (Emmanuel Macron sur TF1, le 12 mars 2017)

"Je veux un gouvernement de quinze ministres", promet aussi François Fillon, avant de préciser : "[ces ministres seront] des poids lourds de la vie politique, et des hommes et des femmes ayant réussi dans la vie professionnelle."

Et ce n’est pas une innovation. Édouard Balladur, Lionel Jospin, Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy ou encore François Hollande ont eux aussi promis un "gouvernement resserré". Le chiffre de quinze ministres est celui qui revient le plus régulièrement.

Pourquoi pas 14 ou 16 ? Il y a peut-être l’image inconsciente du rugby (le XV de France, le pack gouvernemental dans la mêlée…). Après tout, on parle bien des "piliers du gouvernement", des "poids lourds" de l’exécutif. Il y a surtout l’idée qu’une équipe moins nombreuse est forcément plus soudée, plus efficace. Plusieurs présidents ont ainsi vanté leur "commando" ou leur "gouvernement de combat". Le résultat des batailles menées n’a d'ailleurs pas toujours été à la hauteur de cette verve sémantique.

Plus sérieusement, l'attrait pour ces gouvernements resserrés est à mettre en lien avec le discours de réduction de la dépense publique. Difficile de demander le départ d’un fonctionnaire sur deux si vous doublez le nombre de vos ministres.

Au passage, ce resserrement tient essentiellement de l’affichage : "moins de ministres" ne signifie pas "moins d'administrations". Certes, des circulaires ont limité les effectifs des cabinets ministériels, mais elles sont très aisément contournées. Notamment en transformant les membres de cabinet en "chargés de mission", ce qui les fait disparaître de l’organigramme officielles. Économies réalisées ? Faibles. Le coût pour la crédibilité de la parole publique, lui, n’est pas nul.

Enfin, il n’est pas sûr qu’il soit de l’intérêt des Français d’avoir des ministères mastodontes, des structures où - comme sur l’empire de Charles Quint - le soleil ne se couche jamais.

La concentration des portefeuilles aboutit parfois à des vastes regroupements peu cohérents : par exemple, en 2014, un ministère regroupait (attention, ça va être long) la ville, le droit des femmes, les sports et la jeunesse. Sans parler des fautes symboliques. Plusieurs associations féministes ont protesté contre la création d'un ministère "de la famille, de l'enfance et du droit des femmes". Devant la fronde, le portefeuille fut rebaptisé "ministère DES familles, de l'enfance et du droit des femmes".

"Gouvernement resserré" : oui, mais pour quoi faire ? D’autant que la promesse initiale est rarement respectée. Elle est même parfois complètement bafouée, comme sous le gouvernement Fillon qui commença, en 2007, à 19 membres (dont 15 ministres) et en compta ensuite jusqu'à... 32. La promesse est parfois plus discrètement enterrée, grâce au renfort de secrétaires d’État. Ainsi, le "gouvernement de combat" de Manuel Valls compta 34 membres.

En ces temps de défiance envers la politique, le "gouvernement resserré", c'est en quelque sorte une diète de l'Exécutif pour redonner confiance. Un régime du Régime, pour plaire à nouveau. Et on sait ce qu’il advient en général des régimes...

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  • Journaliste au service politique de la rédaction de France Culture
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