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Emmanuel Macron à Laval le 25 juillet 2016.

Qu'est-ce qu'un candidat moderne ?

3 min
À retrouver dans l'émission

"Moderne" est sans doute l'adjectif le plus utilisé dans cet campagne. Aussi flou que le mot "anti-système", il revêt plusieurs acceptions.

Emmanuel Macron à Laval le 25 juillet 2016.
Emmanuel Macron à Laval le 25 juillet 2016. Crédits : Jean-François Monier - AFP

En ces temps de clivages brouillés, d'antagonismes parfois surjoués, s'il est un adjectif qui offre un relatif consensus dans cette campagne, c'est bien celui de moderne. Évidemment, il est d'autant plus consensuel qu'il est assez flou ; et qu'on peut difficilement s'élever contre.

Même si cela existe, on voit rarement des impétrants promouvoir leur candidature au nom de la déconnexion avec la modernité. Et gare à celui qui s'en verrait dépourvu : Valéry Giscard d'Estaing avait déstabilisé François Mitterrand en 1974, en le surnommant "l'homme du passé".

Dans cette campagne atypique que nous vivons, la modernité, c'est comme l'anti-système : un concept qui revêt autant d'acceptions qu'il y a de candidats qui le mentionnent.

Prenons l'exemple du parti socialiste. La notion de modernité y est intéressante en cela qu'elle concentre parfaitement la contradiction entre les deux lignes idéologiques.

La modernité revendiquée chez Manuel Valls est celle d'une gauche qui a intégré les exigences du marché, de la mondialisation, de la flexibilité. D'où cette déclaration hier soir, en meeting à Alfortville :

"Une taxe sur les robots, c'est-à-dire une taxe sur la modernité, n'est pas la solution."

Au sein de l'aile gauche, au contraire, on renvoie ces solutions dites libérales aux années 80, au thatchero-reaganisme, à un archaïsme économique, pour mieux faire entendre que la modernité n'est pas là.

Lionel Jospin avait tenté, dans un propos de campagne resté célèbre, de raccommoder ces deux socialismes, précisément avec le fil de la modernité :

"Le projet que je propose au pays n'est pas un projet socialiste. Il est une synthèse de ce qui est nécessaire aujourd'hui ; c'est-à-dire la modernité. Il faut épouser son temps. Mais en même temps cette modernité doit être partagée."

Cela dit, ce qui était hier conçu comme la modernité politique semble s'être racorni, presque périmé : prenons la liberté de la presse. Le pays qui la chérissait peut-être le plus a élu à Washington un président qui met en cause, critique, vilipende les journalistes. Le Trumpisme a été porté au pouvoir avec de nouveaux codes, d'une nouvelle époque, et il est sans doute en cela terriblement moderne.

Et puis dans cette campagne, impossible de paraître moderne sans évoquer le numérique...

Oui comme le remarquait il y a quelques jours ici même Xavier de la Porte, les mots de "révolution numérique" sont partout dans les discours, au risque de se suffire à eux-mêmes. L'important c'est de montrer qu'on a compris que c'était important.

François Fillon pilote un drone à la télévision, Jean-Luc Mélenchon cartonne sur Youtube. Il y a parfois quelques accidents de parcours. Quand Nicolas Sarkozy ignore ce qu'est le site Le Bon coin ; ou que Manuel Valls rebaptise doctement AirBnB (le site de location de logement) en R'nB, du nom de ce suave courant musical. Pour parfaire sa panoplie, le candidat moderne citera aussi volontiers Uber, blablacar ou deliveroo.

Alors prenons un peu de recul : lors de la campagne présidentielle de 1965, François Mitterrand se veut le candidat de la jeunesse et de la modernité.

Sur son affiche de campagne, il pose à côté d'un pylône électrique, pylône qui symbolise la modernité nucléaire. Qui oserait aujourd'hui une telle affiche ? "Si l'éternité est longue, surtout vers la fin", comme le dit l'adage, la modernité se démode elle très vite.

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