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"Je suis au PS, j'y reste" a tweeté le patron (démissionnaire) du parti, Jean-Christophe Cambadélis.

Rest in PS

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Après le départ de Benoît Hamon et Manuel Valls, le Parti socialiste peut-il survivre ?

"Je suis au PS, j'y reste" a tweeté le patron (démissionnaire) du parti, Jean-Christophe Cambadélis.
"Je suis au PS, j'y reste" a tweeté le patron (démissionnaire) du parti, Jean-Christophe Cambadélis. Crédits : Philippe Lopez - AFP

C’est une image qui date d'il y a moins de six mois, mais elle paraît déjà sortir d’un vieux livre d’Histoire. Une photo des candidats à la primaire de la gauche (ou plus précisément de la "Belle alliance populaire", selon ce concept qui fut aussi pompeux que fugace). Six mois après, donc, que sont devenus ces visages ?

Trois d’entre eux ont rallié Emmanuel Macron : François de Rugy, Manuel Valls et Sylvia Pinel. Deux autres ont pris du champ et n’ont plus donné de nouvelles : Vincent Peillon et Arnaud Montebourg (on sait seulement que le second a investi dans une société qui produit du miel). Jean-Luc Bennahmias est membre du conseil économique et social. Et Benoît Hamon a donc annoncé samedi qu’il quittait le Parti socialiste pour fonder son propre mouvement. En moins de six mois, donc, plus aucun des candidats qui aspiraient à représenter le parti socialiste n’y milite activement. Avec tous ces départs, il y aura bientôt plus de partis que de socialistes.

Cela montre à la fois l’accélération du temps politique que nous avons vécu, et la décomposition du paysage d’hier. Autre exemple très frappant ; je regardais l’autre jour les frises de dessins qui entourent certains articles du Canard enchaîné (avec l’habitude on n’y fait plus attention): on y trouve les caricatures de Jean-François Copé, d'Alain d'Alain Juppé, de Ségolène Royal. Par les temps qui courent, Hibernatus n'aurait qu'à rester congelé une poignée de semaines pour se réveiller complètement déboussolé.

"Je reste"

La tâche est difficile pour ceux qui restent. Les démissionnaires semblent laisser la place aux missionnaires. Ce week-end, Jean-Christophe Cambadélis a diffusé sur les réseaux sociaux un visuel, destiné aux militants. Ce visuel comporte le logo du PS, et la phrase suivante : « je suis, je reste au PS », comme si ça ne coulait plus de source.

Ce parti socialiste, qui avait résisté au 21 avril (c’est-à-dire au fait d’avoir échoué à conquérir le pouvoir), va-t-il survivre au quinquennat Hollande (c’est-à-dire au fait d’avoir exercé le pouvoir) ?

En 2012, le parti à la rose régnait à l'Elysée, au gouvernement, avait une majorité absolue à l’Assemblée et au Sénat, 21 des 22 régions, plus de la moitié des départements, et deux tiers grandes villes. Le parti visait ouvertement les 500 000 adhérents au cours du mandat. Ce même parti rassemble désormais 6% des voix à la présidentielle et 30 députés, il est minoritaire dans les collectivités locales. Et il espère péniblement conserver 50.000 militants à jour de cotisation.

Ce que le PS a perdu en troupes, l’a-t-il gagné en cohérence ? Même pas. Au sein des 30 députés, on trouve d’anciens proches de François Hollande, comme Stéphane Le Foll, et d’anciens frondeurs qui l’ont combattus, comme Régis Juanico.

Certes, le Parti, riche de 100 ans de militantisme, n’est pas dénué de ressources ; des responsables comme Emmanuel Maurel, Olivier Faure, Najat Vallaud-Belkacem ou Mathias Fekl peuvent constituer une relève. Mais on sent bien que le PS est comprimé entre les 3 grandes familles de pensée qui ont le vent en poupe : le libéralisme assumé d’Emmanuel Macron, le souverainisme de gauche de Jean-Luc Mélenchon et l’autoritarisme national du FN. Il faudrait en ajouter une quatrième, celle de l’abstention et des votes blancs et nuls.

D'où la décision de Benoît Hamon ?

Oui c'est une forme de mise à jour du logiciel. En quittant le PS pour fonder son propre mouvement, Benoît Hamon ne fait que reproduire ce qu’ont fait avec succès Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron : il prend acte de la puissance des réseaux sociaux et du web pour mobiliser des militants, bien plus efficaces que des sections de parti ou des réunions de courants. Après 30 ans de manœuvres d’appareil, il admet aussi que l’énergie dépensée en bataille de couloirs ne compense pas le manque de travail sur le fond.

Il acte, enfin, l’échec du processus de sélection du candidat : les primaires ouvertes. Comme si, avec le recul, en payant 2 euros pour voter à la primaire, les électeurs avaient en fait remis une pièce dans la machine à diviser. Les partis dévitalisés et décrédibilisés ne sont pas seulement inutiles pour la conquête du pouvoir, ils sont handicapants, c'est en tout cas ce que nous dit ce départ. Pour Benoît Hamon, il n'y a plus photo.

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