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Marine le Pen après l'annonce de sa qualification au second tour de la présidentielle

Score du FN : faut-il vraiment pousser un "ouf" de soulagement ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Réponse : non.

Marine le Pen après l'annonce de sa qualification au second tour de la présidentielle
Marine le Pen après l'annonce de sa qualification au second tour de la présidentielle Crédits : Joel Saget - AFP

J'avoue une certaine perplexité ce matin. Et quelques interrogations :

- Pourquoi l'accession du FN au second tour en 2002 (avec 17% des voix) avait entraîné des manifestations ; pourquoi aujourd'hui le même événement (mais avec 22%) ne provoque rien de tel ?

- Pourquoi Jacques Chirac avait passé la soirée du 21 avril renfrogné, atterré ; tandis qu'Emmanuel Macron a fait la fête hier soir dans un restaurant de Montparnasse ?

- Pourquoi, plus globalement, ce ouf de soulagement avant le deuxième tour ; alors que les sondages prédisent un score autrement plus serré qu'en 2002 ?

Bien sûr, à l'époque, il y avait l'effet de surprise. Le choc.

Bien sûr, le candidat se nommait alors Jean-Marie Le Pen et charriait les déclarations les plus ouvertement abjectes ; désormais, la candidate de 2017 prend garde à ses mots, même si le vernis craque parfois.

Bien sûr, cette fois-ci, la surprise est inverse : le score du FN est moins élevé que prévu et cette deuxième place change la perception de l'élection, y compris à la une des journaux internationaux.

Pourtant, à y regarder de plus près, pour ceux qui s'opposent au Front national, le soulagement ne peut être ni complet ni durable.

D'abord parce qu'en nombre absolu de voix, le Front national n'a jamais été aussi haut. Lors du choc de 2002, il avait rassemblé 4,8 millions de votes. Hier soir, la candidate du FN en a récolté 7,7 millions. (Précisons tout de même qu'entre temps le corps électoral a lui aussi augmenté, mais pas dans les mêmes proportions : de 41,5 millions d'inscrits à 47 millions).

Plus largement, pendant que tous les autres partis connaissent des phénomènes de yoyo électoral, le Front national suit la même pente, régulière, implacable, d'élection en élection, grappillant à chaque échéance de nouvelles voix. Au point que les militants, en extrapolant les courbes, peuvent se dire : si ce n'est pas cette fois-ci, ce sera la suivante.

Ensuite, n'oublions pas le "3ème tour" : les législatives. Les résultats d'hier soir, comme ceux des élections intermédiaires du quinquennat, montrent une poussée du FN dans les territoires où il était déjà fort (et un relatif échec à conquérir de nouvelles zones). Par rapport à 2012, Marine Le Pen passe de 23 à 28% dans les Alpes-Maritimes, de 25% à 29% dans le Gard, de 23% à 26% dans le territoire de Belfort. Dans ses bastions, le Front national aura donc davantage de facilités à faire élire des parlementaires. Bien au-delà des deux députés FN actuels. D'ailleurs, Emmanuel Macron ne s'y est pas trompé hier soir : il a cherché non pas à diaboliser le Front national, mais à le "trianguler", c'est-à-dire à reprendre ses mots :

"Je souhaite devenir votre président, le président des patriotes face aux nationalistes ; un président qui protège (...) Le défi est de décider de rompre jusqu'au bout avec le système qui a été incapable de répondre aux problèmes de notre pays depuis plus de 30 ans."

Enfin, dernière interrogation, à moyen terme : Emmanuel Macron, s'il est élu, veut rassembler la gauche, la droite et le centre : qui restera-t-il pour s'opposer à lui, à part des ersatz de vieux partis ? Le Front national.
Et si le président Macron échoue, qui remportera la mise ? Vous avez la réponse.

La victoire d'un homme inconnu il y a trois ans - et dépourvu de l'appui des partis traditionnels - est une extraordinaire prouesse électorale. Elle ne sera rien par rapport au défi qui l'attendra ensuite, à partir du 7 mai au soir.

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