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Sens du timing au Sénat

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La haute chambre a adopté hier deux propositions de loi relatives à la liberté et à l'indépendance de la presse

Les discussions, en séance, sont arrivées à l’ordre du jour à un moment, il faut bien le dire, parfait ! Déposée par Patrick Bloche, la première de ces propositions de loi, déjà adoptée par l’Assemblée Nationale, vise à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias. Elle est pleinement soutenue par le gouvernement, alors même que le plus haut niveau de l’exécutif est soupçonné, depuis quelques jours, par une quarantaine de personnalités de gauche, de vouloir mener, je cite, une “opération de police intellectuelle”, sur le dos de la presse.

Ces figures ont signé une tribune, dans Libération mercredi, pour contester le limogeage d’Aude Lancelin, la numéro 2 de l’Obs : ils y voient une éviction politique, qui s’expliquerait par le fait que la journaliste, jusqu’ici responsable des pages “Débats” de l’hebdomadaire, ne serait pas suffisamment hollandiste. Elle serait même beaucoup trop à gauche. Ce qui, à l’approche de l’élection présidentielle, lui aurait coûté son poste.

Bien sûr, cette loi, même définitivement adoptée et appliquée, n’aurait été d’aucun secours à Aude Lancelin. D’ailleurs, la société des rédacteurs de l’Obs est plus prudente que les auteurs de la tribune : ils soupçonnent eux “une intervention politique des actionnaires” de l’Obs, et pas nécessairement de l’Elysée.

Or il est plus difficile d'agir contre ce genre "d'intervention politique", en provenance des actionnaires

Mais on peut toujours essayer. C’est d’ailleurs l’objet de l’autre proposition de loi adoptée hier au Sénat, par David Assouline. Elle se propose de lutter contre les interférences qui peuvent exister entre les intérêts des actionnaires et le travail des journalistes.

Elle prévoit de mieux veiller à l’indépendance des rédactions, via le CSA, pour l’audiovisuel. Ou via la systématisation d’une “clause de refus de signer” pour les journalistes (clause censée leur permettre de ne pas devoir assumer un article, une émission, ou tout acte qui serait contraire à leur intime conviction) : c’est l’article 9 de la loi, qui n’aurait finalement rien garanti du tout à Aude Lancelin, et qui par ailleurs, n’aurait pas permis non plus d’éviter l’incroyable situation dans laquelle la presse française s’est retrouvée hier : quand le Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale et chaque titre de la presse quotidienne régionale ont été soumis au chantage, non pas d’un actionnaire, mais d’un syndicat, qui par l’intermédiaire de sa branche Filpac (la fédération des industries du livre) a bloqué l’impression des journaux indociles : ceux qui ont refusé la publication d’une tribune du secrétaire général de la CGT. Résultat : pas de “refus de signer” qui tienne : la sanction est tombée : parmi les quotidiens nationaux, seul l’Humanité a été imprimé hier.

Le législateur, qui s’évertue pourtant a imaginer tous les possibles, est totalement passé à côté de ce cas de figure. Mais on ne veut pas croire qu’il faille un amendement supplémentaire pour empêcher ce genre de situation.

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