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Les affiches de Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, campagne présidentielle de 2017.

"Si Benoît Hamon s'était retiré..." (ou pourquoi il faut surmonter une défaite électorale)

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Mais pourquoi Jean-Luc Mélenchon n'arrive-t-il pas à tourner la page ?

Les affiches de Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, campagne présidentielle de 2017.
Les affiches de Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, campagne présidentielle de 2017. Crédits : Philippe Lopez - AFP

C'est un fait peu discuté : en termes d'éloquence, de culture historique et de combativité, Jean-Luc Mélenchon peut en remontrer à beaucoup d'élus français. Mais par quel mystère n'arrive-t-il pas à digérer de ne pas être aujourd'hui le 8ème président de la Vème république ?

Comme par spasme régulier, l'amertume du 7 mai refait surface. Dans un entretien au journal la Provence hier, le dirigeant de la France insoumise a eu cette phrase :

« Benoît Hamon n’a pas été capable de prendre la décision qu’il fallait prendre (…) s'il avait retiré sa candidature, il serait aujourd’hui premier ministre et moi président de la République ».

D'abord, cette affirmation est fortement contestable. Rien ne dit que les électeurs potentiels de Benoît Hamon se seraient tous reportés sur Mélenchon.

Par ailleurs, même en admettant que ce fût le cas, le candidat de la France insoumise se serait certes qualifié pour le second tour, mais sans certitude de l'emporter face à Emmanuel Macron. Qui peut dire ce qu'auraient fait – entre autres - les électeurs de François Fillon et ceux de Marine Le Pen ?

Enfin, au-delà de la tentation de l'uchronie, avec cette phrase, Jean-Luc Mélenchon se contredit lui-même. Pendant la campagne présidentielle, quand les socialistes le pressaient de se rallier à Benoît Hamon, il avait fermement refusé ce qu'il qualifiait de "tambouille". C'était en meeting au Havre.

"J'ai marché mon chemin, sans ne céder à rien, je ne vais pas commencer aujourd'hui (...) à m'engager dans je ne sais quel arrangement qu'on me suggère de faire". "Il n'y aura pas de tambouille. Entre nous, on gagne ses galons dans la bataille."

Pourtant, Jean-Luc Mélenchon n'a pas à rougir de son bilan. En quelques années, il a quitté le PS, transformé le petit groupe de ses fidèles en mouvement de masse, et a quasi doublé son score entre 2012 et 2017. Mais la rancœur reste tenace.

C'est ainsi, dès le soir du 1er tour, que le candidat insoumis avait semblé mettre en cause l'honnêteté du scrutin - ou en tout cas des résultats annoncés par ceux qu'il appelle les "médiacrates". Depuis, il ponctue ses déclarations d'un chiffre, un peu obsessionnel : 600 000, comme le nombre de voix qui lui avaient manqué pour atteindre le second tour. "A 600 000 voix près...".

Argument étrange : à deux buts près, l'équipe de France aurait gagné l'euro de football l'an dernier. Ou à 5 millions d'auditeurs près, France Culture serait devant France Inter (ça viendra peut-être).

Évidemment, on peut comprendre l'amertume, le dépit voire la rage d'avoir perdu au terme d'une telle campagne, d'une telle débauche d'énergie. Mais la réaction à chaud n'est pas toujours le meilleur gage de lucidité. Autre exemple, avec Hillary Clinton qui explique ainsi sa défaite (avant-hier sur NBC News) :

"La recherche l'a parfaitement démontré : plus un homme réussite professionnellement, plus il apparaît sympathique. Plus une femme réussit dans sa vie professionnelle, moins elle apparaît sympathique. (...) Quand une femme [politique] entre dans l'arène et dit « j'y vais moi-même », cela a vraiment un effet radical sur la perception des électeurs".

Message transmis à Angela Merkel qui s'achemine tranquillement vers son quatrième mandat et sa treizième année à la chancellerie.

"J'ai jeté la rancune à la rivière"

En démocratie, ne pas avoir su convaincre les électeurs n'est pas une tare, c'est même par définition le lot commun d'une majorité de candidats. Ne pas l'accepter est plus ambigu. Au mieux un réflexe un peu puéril, au pire un mise en cause subliminale des résultats du vote. Et , à coup sûr, un manque d'introspection et de résilience face au destin qui ne tourne pas comme prévu.

En 1981, Valéry Giscard d'Estaing a été battu par François Mitterrand, avec le concours actif de Jacques Chirac, qui voulait éliminer son concurrent à droite. Un peu plus tard, Giscard assurera qu'il a passé l'éponge. Il utilisera même cette image : « j'ai jeté la rancune à la rivière ». Jacques Chirac, qui continuait à subir régulièrement les piques acides de son meilleur ennemi, aura cette réponse : "ce jour-là, la rivière devait être à sec, tant la rancune est restée tenace et inépuisable". Dans le cas de Jean-Luc Mélenchon, on ne peut que souhaiter une bonne crue.

Frédéric Says

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